• Bon, d'accord, c'est pas l'endroit où l'on pense faire une visite guidée. Mais j'aime beaucoup les cimetières, je trouve ça joli. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne parviens pas à trouver ça triste, probablement, je l'admets, car je n'ai encore perdu personne de proche.  Et tant pis si j'ai l'air un peu fêlé. Un cimetière, c'est calme (forcément), les tombes sont différentes, il y a des choses à voir, des noms du XIXème siècle, des caractères typographiques des années 20, des ferronneries anciennes. Les cimetières sont très différents, d'une région à l'autre, c'est intéressant de comparer les différences. Dans un petit cimetière vers Poitiers, où vit le plus jeune de mes frères, les femmes sont enterrées sous leur nom de jeune fille, leur nom d'épouse étant mentionné à côté.

    J'ai une certaine reticence à prendre des photos d'un cimetière, malgré tout l'intérêt que j'éprouve, je n'ai donc pris qu'une photo, d'une inscription figurant sur une tombe.

    cimetierre
     
    (Bonne mère et bonne épouse, voilà qui ne sera pas inscrit sur ma tombe. Dommage, j'aimais bien cette formule désuète)

    Cette visite était intéressante. J'avais doncdéjà constaté que les tombes étaient différentes, mais je n'avais jamais étudié ces différences. Il y a des tombes qui rappellent les catafalques anciens, d'autres d'inspiration gothique. Le monsieur qui nous faisait la visite nous a également fait un historique des cimetières en France, d'abord enclos autour de l'église, puis éloignés du centre des villages ou des villes, pour diverses raisons, dont certainement des raisons d'hygiène. Il a également mis en évidence le paradoxe qu'il y a à s'intéresser aux rites funéraires anciens, via l'archéologie, et ignorer l'art funéraire plus récent. De fait, il y a malheureusement bien des choses qui disparaissent, faute que l'on s'y intéresse. Par exemple, les croix en ferronnerie qui ornaient les tombes du XIXème siècle. Pendant une certaine période, également, on entourait les tombes de grilles en fer, ou de chaînes, pour tracer les limites de la concession.

    Les inscriptions, messages des vivants aux morts, changent. Les "regrêts éternels" laissent la place à des phrases extraites de chansons de Goldman ou Cabrel.

    Après la visite, je me suis attardée, je suis allée sur la tombe de mon grand'père et de ma grand'mère. J'ai longtemps été dérangée du fait qu'il n'y ait pas de tombes, ni de souvenirs familiaux, au-delà de mes grand'parents. J'aurais eu besoin de me situer dans une généalogie plus longue. Mes grand'parents ont disparu trop tôt pour me transmettre quoi que ce soit. En attendant, je cherche ce que je pourrais mettre, comme plante, sur cette tombe. C'est un peu désolant, c'est trop minéral, ces fleurs en céramiques sur le granit.

    Comme je suis bavarde, j'ai entamé la discussion avec le gardien du cimetière. Pour moi, il a ouvert ses grands livres, dans lesquels sont répertoriés les concessions, et, il faut bien le dire tel quel, les morts qui sont enterrés là. Ces registres permettent de retrouver la tombe d'une vieille tante oubliée, et de savoir aussi la durée d'attribution d'une concession. Difficile de se faire enterrer à Pessac, désormais, le cimetière est plein et la liste d'attente pour obtenir une concession est très longue. J'ai, accessoirement, appris une chose importante : à défaut de pouvoir s'y faire enterrer, on peut se faire incinérer et faire sceller son urne sur une tombe de la famille.

    Bon, je sais, ça fait assez glauque de parler de ça. Sauf que cela me préoccupe, parce que je n'ai pas envie que mes fils, quand ils devront faire face à ma disparition, doivent en plus de leur chagrin, faire face à ces questions matérielles.

    Mais je ne dois pas être tout à fait normale. Ce soir je pense à mon enterrement, et ce matin j'ai fondu en larmes chez mon psy en parlant du nounours de mon enfance. "Elle était gentille, mais un peu bizarre quand même". Ce devrait être une bonne épitaphe.

     

    Trempe dans l'encre bleue du Golfe du Lion,
    Trempe, trempe ta plume, ô mon vieux tabellion,
    Et de ta plus belle écriture,
    Note ce qu'il faudra qu'il advint de mon corps,
    Lorsque mon âme et lui ne seront plus d'accord,
    Que sur un seul point : la rupture.


    Mon caveau de famille, hélas ! n'est pas tout neuf,
    Vulgairement parlant, il est plein comme un œuf,
    Et d'ici que quelqu'un n'en sorte,
    Il risque de se faire tard et je ne peux,
    Dire à ces braves gens : poussez-vous donc un peu,
    Place aux jeunes en quelque sorte..


    7 commentaires
  • J'avais prévu une visite d'un réservoir d'eau potable, hier après-midi, mais mon gps m'a lâché, juste au moment où je le mettais en route pour partir, or le réservoir est dans un coin de Bordeaux que je ne connais pas du tout. Changement de programme, que je n'ai pas regretté. Je suis allé visiter la Bourse du Travail de Bordeaux. La BT, je la connaissais pour l'avoir fréquentée, lorsque j'étais étudiante. A l'époque, consciente que mes études ne me mèneraient pas loin dans une voie professionnelle (le latin me barrant la route vers le professorat de français), je me suis inscrite à des cours du soir qui préparaient au CAP de sténo-dactylographe. Voilà bien un mot disparu de notre dictionnaire. Ce n'est que hier que j'ai compris que ces cours étaient financés en grande partie par la CGT, qui occupe la Bourse du Travail. Je prenais des cours du soir, trois fois par semaine, ce n'était pas toujours évident, en plein hiver, de se motiver pour y aller, je prenais les derniers bus du soir pour rentrer chez moi à 20 h 30. Quand nous arrivions à 18 h 30 pour le début des cours, il fallait traverser le grand hall de la Bourse, froid et peu accueillant, et monter jusqu'au dernier étage. De là, aux beaux jours de l'automne ou du printemps, on avait une vue splendide sur les toits bordelais. Pendant trois ans, j'ai appris la sténo, la dactylo, et quelques rudiments des matières dont nous avions besoin pour le CAP, classement, arithmétique... Nous devions être une petite vingtaine, à taper sur de vieilles Olivetti... mécaniques, même pas électriques ! Je garde un bon souvenir de ces cours. Une des curiosités du lieu était (car je n'ai découvert que  hier les véritables trésors de l'immeuble) l'ascenseur. Il datait de la contruction de la Bourse, c'est à dire 1936. La cage était tout métalique, ainsi que l'ascenseur lui-même, on y entrait par une porte qu'on ouvrait, puis il fallait replier une grille, comme on voit dans certains films, si on y prête attention, notamment assez souvent dans les comédies se passant à Paris. L'ascenseur était poussif, mais il n'est jamais tombé en panne. Aujourd'hui la cage métalique existe toujours, mais l'appareil lui-même a été changé pour un appareil aux normes.

    Bref, la Bourse du Travail. Construite dans les beaux jours du Front Populaire, en 1936, architecture triomphante de l'époque, béton et décoration Art Déco. Aujourd'hui le bâtiment est en mauvais état, la mairie traîne des pieds pour entamer des travaux qui s'avèrent de plus en plus important au fur à mesure qu'on laisse pourrir la  situation. Il a tout de même été classé, en 1998, à l'inventaire des monuments historiques.

    bt1
     
    Quand on voit le bâtiment, il parait sombre, bizarrement fichu. En fait, il est remarquablement conçu. Il bénéficie d'une clarté extraordinaire, mis à part le hall, et encore, c'est relatif, car il est suffisamment éclairé par les grandes portes que l'on distigue, pour ne pas avoir besoin d'éclaire artificiel. Si l'on regarde bien la photo, on voit une multitude de fenêtres sur le côté gauche, qui est la façade ouest, et, sur la façade avant, comme sur la façade est, de longues ouvertures permettent à la lumière d'entrer largement. Au centre du bâtiment, une vaste cour a été créée, et tous les locaux du bâtiment bénéficie donc d'une bonne luminosité. Ces hautes colonnes blanches correspondent à un vaste théatre, car le Front Populaire se préoccupe de la démocratisation de la culture. Il servira de théatre, de lieu de chant pour les chorales du quartier, pour des fêtes, il possède également une salle de projection qui le transforme donc en cinéma. Tout en haut du bâtiment, la terrasse, puisque le bâtiment est à toit plat, comme beaucoup d'immeubles de cette période.
     
    La Bourse du Travail est au départ un lieu destiné aux syndicats, pour que ceux-ci puissent se consacrer à leurs activités dans des locaux corrects, mais les premières bourses du travail, fondées à la fin du XIXème siècle, étaient également des endroits où les patrons venaient chercher du personnel, d'où le terme de "bourse". Les murs appartiennent aux mairies, les syndicats en sont les affectataires. Actuellement la BT de Bordeaux est affectée à la CGT.
     
    Comment l'ignorer....
    .
    bt2
     
    Mais le véritable trésor de cette Bourse, ce sont des fresques monumentales réalisées par des artistes de renom de l'époque. Fresques à la gloire de l'activité économique florissante de l'époque, du commerce, y compris du commerce d'Outre-Mer, du port de Bordeaux, etc. Les peintures sont situées en hauteur, de surcroit je manquais de recul, j'ai donc eu du mal à prendre des photos. Je me contente de vous présenter celle-ci :
     

    bt5
     
    On notera, sur la droite, l'image idyllique de la fraternisation du soldat et du paysan. Paradoxalement, sur les différentes fresques il n'y a pas d'ouvrier représenté, ces peintures sont plutôt "classiques", comme celle-ci qui célèbre la vigne tout en utilisant des éléments qui s'inscrivent dans la longue lignée de la peinture : corne d'abondance, divinité dénudée, angelots... On remarquera aussi les feuilles d'acanthe ;-) sous la corne d'abondance.
     
    Le monde du travail se retrouve, dans une certaine mesure, non dans ces fresques mais dans des éléments décoratifs. Ainsi, les rampes d'escalier rappellent les isolateurs électriques
     
    bt6 (large)
    et, de façon plus discrète, en ornement de la cage d'ascenseur dont j'ai parlé plus haut :
     
    bt4 (large)
     
    La visite, guidée, était menée par une militante cégétiste, qui s'est spécialisée dans l'Histoire sociale. Il est certain que pour un bâtiment comme celui-ci, on ne peut séparer l'Histoire de l'architecture.
     
    Dans le hall d'accueil, un certain nombre de brochures étaient donc à notre disposition, dont celle-ci, dont je suis sûre qu'elle intéressera un de mes lecteurs, amateur de la célèbre vague d'Hokusai  ;-)
     
    cgt
     
    Avec le recul, je n'en reviens pas d'être passée côté de cet aspect là de la Bourse du Travail, quand je la fréquentais pour les cours du soir. A ma décharche, je dois dire que le bâtiment, après la fermeture des bureaux, se prêtait peu à la balade à travers ses couloirs immenses et vides. J'ai d'ailleurs longtemps cauchemardé à ce sujet !
     
    Au final, une visite que j'ai été très heureuse de faire !

    4 commentaires
  • afrique
     
    Les photos étaient interdites, on se  demande bien pourquoi, et j'enrage de ne pas avoir pu prendre certains des masques qui étaient présentés. Ils étaient tous magnifiques. Ce mois-ci, étant en principe un peu plus en fond, j'espère pouvoir retourner au musée acheter le catalogue de l'exposition.
     
    J'ai visité cette exposition le dernier jour de mes vacances, qui était également le dernier jour de l'exposition, et  je suis contente de ne pas l'avoir loupée, je serais passée à côté de quelque chose de vraiment génial.
     
    Les africains n'ont pas de dieu(x). Leur spiritualité s'exprime différemment de la nôtre. Il y a le monde des hommes, et il y a le monde des esprits. Entre les hommes et les esprits, des intercesseurs, des sorciers, des sortilèges, des fétiches... L'exposition était partagée en trois parties, les masques, les statues, les fétiches. Chacunes de ces entitées correspondant à un mode de relation avec l'invisible. Etaient donc exposés des masques, "objets de savoir", des statues, "objets de devoir", des costumes de cérémonies, de danses rituelles, et des fétiches, "objets de pouvoir".
     
    Les masques étaient, comme je l'ai dit, magnifiques. Ces masques, en bois, étaient destinés à être portés, et j'ai été impressionnée par la taille et le poids de certaint d'entre eux. On imagine le fardeau que pouvait représenter le fait de les porter, plusieurs heures d'affilée. On mesure ainsi l'importance du monde des esprits pour les africains.
     
    On pouvait également voir plusieurs films ethnologiques montrant différentes danses et cérémonies, qui ponctuaient la visite de façon plus vivante, et plus parlante aussi, moins théorique en quelque sorte. Une exposition exceptionnelle, de part sa richesse (200 oeuvres étaient exposées) et son intérêt. J'avais rarement vu, sur Bordeaux, une exposition d'une telle qualité. Cela m'a donnée une furieuse envie d'aller découvrir le musée du quai Branly, ce que j'espère faire l'an prochain.
     
    masque

    7 commentaires
  • Une très belle après-midi. Le grand théatre de Bordeaux (architecte Victor Louis) expose actuellement un grand nombre de costumes, d'opéras et d'operettes, et le nombre de costumes exposés reflète la qualité de l'exposition. Ci dessous une robe portée par Maria Callas elle-même.
     
    gt
     
    L'exposition promène le visiteur à travers le grand théatre, dans les différents salons et couloirs, jusqu'à terminer en apothéose sur la scène elle-même, avec ce magnifique costume.
     
    gt3
     
    Ci-dessus, des costumes de l'opéra Boris Godounov. J'ai été très impressionnée par la qualité des costumes, par le choix des étoffes, par le travail des concepteurs et de petites mains de l'atelier de couture. L'exposition est ponctuée d'écrans sur lesquels sont diffusés des extraits des opéras dont on voit les costumes. Il y a également quelques maquettes, ces maquettes faites lors de la préparation de la mise en scène d'une oeuvre. Là encore, la diffusion du dvd permet de confronter le projet à l'oeuvre finale .
     
    gt2
     
    Les costumes sont donc exposés, mais nous pouvons également voir une reconstitution d'une partie de l'atelier de couture, avec la projection d'un court film montrant le chef d'atelier en train de concevoir la coupe d'un costume, et la reconstitution d'une loge d'artiste. Beaucoup de panneaux explicatifs également, pour retracer l'histoire du vêtement depuis l'antiquité, rappel historique nécessaire pour la compréhension des costumes présentés, qui sont le reflet des vêtements des différentes époques. Un peu à part, la présentation de quatre costumes conçus par Jean-Paul Gautier attire le public, bien sûr.
     
    Au final, une exposition que j'ai beaucoup aimée, à tel point que j'en ai perdu la notion du temps. Je suis ressortie, au soleil de la fin d'après-midi, un peu sonnée par tant de beauté. Cela m'a consolée de n'avoir pas vu, depuis  longtemps, d'exposition du musée Galliéra, à Paris, le musée Galliéra étant le musée de la Mode et du Costume. Bien sûr, les costumes présentés au grand théatre de bordeaux n'ont pas de vocation historique, ce ne sont que des costumes de théatre. Cependant, étant donné la qualité de leur confection et la volonté de leurs créateurs de rester dans une certaine vraisemblance, il est très intéressant de pouvoir les voir, et de plus on peut presque les toucher, alors que les vêtements présentés par Galliéra le sont souvent sous vitrine;
     
    J'avais prévu d'aller ensuite au musée d'Aquitaine voir l'expo sur l'art mystique africain, mais j'ai préféré rester sur cette expo géniale, dont je suis sortie les yeux pleins de lumières et de couleurs.

    1 commentaire
  • D'autres photos...

    Des peintures d'Alain Bergeon :

     

    De petites sculptures de Robert Keramsi, admirablement mises en valeur par le béton sombre de la base sous-marine. Je ne sais pourquoi, elles m'ont fait penser aux dieux larres de l'antiquité. C'est vrai qu'il y a aussi qq chose qui évoque les corps pétrifiés de Pompéi.

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique