• Médusée...

    Médusée, que j'étais cet après-midi à l'Ehpad, quand ma mère a attrapé le petit emballage en papier brillant des crêpes dentelles et s'est mise à le manger… Et elle ne voulait pas en démordre, au sens propre du terme, au point que j'ai cru que je n'arriverais pas à récupérer ledit emballage. Elle n'a plus sa tête, mais a toujours de l'appétit au point, donc, de manger n'importe quoi maintenant. J'imagine que sa démence a encore grimpé d'un cran.

    Mon père a-t-il encore toute sa tête ? La psychologue de l'Ehpad, que j'ai croisée en partant, m'a dit qu'elle l'avait trouvé un peu "flottant" cet après-midi, et de fait, j'ai trouvé mon père un peu étrange, bizarrement détaché.

    Mon père, je ne l'avais pas vu depuis deux mois et demi, en raison du confinement, et les quelques nouvelles que j'avais eu par l'Ehpad ne m'avaient pas préparée au choc que j'ai eu en le voyant, il y a deux semaines. Amaigri à un point que je n'aurais jamais imaginé possible le concernant, décharné en fait, et, désormais, alité puisque trop faible pour qu'il en soit autrement. Les raisons de ce déclin sont complexes, mon père ne parvient plus à s'alimenter depuis plusieurs mois, il souffre de vomissements dont personnellement je pense qu'ils sont dûs au stress de se voir décliner, je pense que mon père est entré dans un mauvais cercle vicieux, il se rend malade à l'idée d'être malade et de mourir. Bien sûr, il faut aussi penser qu'il puisse y avoir une "vraie" raison, médicale, à ses vomissements, mais le confinement est passé par là et une des conséquences est que tous les actes médicaux, tels que les radios, les irm… ont été stoppés pendant deux mois. Dommages collatéraux du Covid, en quelque sorte.

    Lorsque je l'ai vu il y a deux semaines il a tenu à me donner le classeur dans lequel il met toutes les informations importantes - dont ses dernières volontés, comme j'ai pu le découvrir, pas très rigolo de tomber là-dessus - parce qu'il est trop fatigué pour s'occuper de ses papiers, il était inquiet en particulier parce qu'il n'avait pas fait sa déclaration d'impôts.

    J'ai fait la déclaration, j'ai jeté un coup d'œil sur ses mails, et j'ai brisé un tabou (et ça n'a pas été facile) en regardant l'état de son compte en banque - parce que s'il décède avant ma mère, il faut continuer à régler l'Ehpad. C'est moi qui vais devoir gérer tout ça, alors je préfère savoir ce qu'il en est.

    Gros stress émotionnel depuis deux semaines, je vis un peu au rythme des visites et des coups de fil de l'Ehpad, les nouvelles sont tantôt bonnes tantôt mauvaises, je suis épouvantée - je l'avoue - à l'idée que mon père est en fin de vie et que cette fin de vie pourrait durer de longs mois, j'ai vécu ça il y a deux ans avec mon oncle et je sais à quel point c'est éprouvant pour les proches. Les émotions me fatiguent toujours beaucoup, et les nuits rendues difficiles ces dernières semaines par le raffut du quartier n'arrangent rien. Je suis crevée. Accessoirement, j'ai beau ne pas aimer mon père, c'est tout de même difficile émotionnellement de le voir dans cet état là, arrivé à un certain stade le passé est dépassé, si je puis dire, il ne reste plus rien que cette vérité : un être humain est là, mourant, et ce corps usé et décharné est celui de mon père.


  • Commentaires

    1
    Isabelle
    Mercredi 3 Juin à 13:11
    Je me demande si ce n’est pas l’Ehpad qui est train de tuer ton père parce que depuis qu’il y est, il n’a fait que décliner. Et le confinement a été très mal supporté par pas mal de personnes âgées... Bon courage en tout cas, ça doit vraiment être très dur pour toi.
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