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Un p'tit noir, bien serré !

Voyage gustativo-temporel, épisode 2

Le café...

Souvenir très lointain d'un paquet de café en grains, dans lequel je plonge la main pour en ressortir, dans l'odeur forte et sensuelle du café, un petit jouet en plastique, une locomotive ou un wagon, je ne me souviens plus, et pour cause, je te parle des années 60. Eric, ça te dit quelque chose ?

Aucun souvenir d'un moulin à café en bois, j'ai toujours connu le moulin électrique de chez Moulinex et son bruit caractéristique résonnant fort dans la maison encore endormie. Mes parents consommaient le café parce que c'était ainsi, le petit déjeuner c'est le café, et éventuellement après le repas du midi. Le café, le moins cher, la cafetière est en céramique jaune, filtre à café en papier et repose-filtre en plastique marron. Le café déjà moulu viendra plus tard, avec la cafetière électrique, tardivement dans les années 70. Souvenir des petits matins de collège, puis de lycée, où je me levais juste après mon père. Je déjeunais dans la cuisine, mon père était dans le salon à côté, bien carré dans son fauteuil, dans le noir. Dans une main son café, dans l'autre la première cigarette dont je ne voyais que le rougeoiement.

Le café, "c'est pour les grandes personnes". La première fois que j'en bois, avec un sentiment de transgression, c'est chez une de mes tantes, l'année de mes 15 ans. Souvenir cuisant d'une nuit d'insomnie et d'intestins malmenés.

Pendant des années, je serais exclusivement thé, et puis mon deuxième fils arrive, reprise du travail et journées difficiles car les nuits le sont, j'adopte le café après le repas du midi car il me permet de ne pas m'endormir sur ma machine à écrire. Je découvre le café, j'aime ça, je découvre qu'il y en a de bien meilleurs que d'autres, les petits expressos bien serrés dans les bars font mon délice, tout comme le café de la cafetière italienne achetée un jour par mon mari.

Le mari qui devient ex, je repars à zéro et j'équipe mon premier appartement - un studio. Pas de place pour une machine à café, je ne bois plus de café qu'au boulot. Au fil de mes déménagements je m'équipe un peu plus. Dans une démarche minimalisto-écologique je teste le café en poudre vendu en flacon de verre, recyclable. Ca se boit. A la cafèt du boulot le gérant change de marque de café, il est dégueulasse tout le monde s'en plaint mais rien n'y fait, et ça fait des années qu'on le boit en faisant la grimace, ou qu'on ne le boit pas, lui préférant le café de la machine du bureau. C'est l'époque où chaque service a sa cafetière, le plus souvent une Senseo, ou une Nespresso pour les services qui veulent bien dépenser un peu plus.

Confinement, télétravail, flex-office... disparition des machines à café dans les services. Désormais nous avons des "espaces détentes" à chaque étage avec des distributeurs de boissons chaudes. Dernièrement un bug du programmateur a rendu le café gratuit, ça nous a bien fait rire et on en a bien profité.

A l'occasion du passage en flex-office j'ai récupéré une des Senseo mise au rebut, je ne suis pas sûre d'avoir fait une bonne affaire. Une fois sur deux elle me fait de la flotte au goût de café, je voudrais bien qu'on m'explique pourquoi, mais bon, toujours dans ma démarche minimalisto-ecologiste j'hésite à en acheter une neuve.

Je vais te dire la vérité : je rêve d'une Nespresso, ou même mieux, d'une "vraie" machine de bar, percolateur, haute pression, café en grains... je rêve d'un p'tit noir, bien serré, mais je n'ai pas la place, et encore moins le budget. Je pense que la Senseo vit ses derniers jours chez moi... mais elle ne sera remplacée que par une autre  Senseo (que j'irais peut-être acheter dans une boutique de seconde main.

J'ai aussi connus des cafés plus exotiques, le café noyé dans l'eau au Costa-Rica, grosse déception quand tu viens d'en prendre plein les yeux et les narines en visitant une plantation de café, le café XXL de New-York. J'ai aimé l'expresso vénitien mais ne lui ai rien trouvé de plus que le café des bars bien de chez nous. Je mets au sommet des cafés celui parfumé à la cardamone, pris dans un petit restaurant druze en Israël (au prix, selon ce qu'il y a dans ton porte-monnaie, de 100 shekels, 1 dollar ou 1 euro, je te laisse deviner l'arnaque à une période où l'euro valait 1 dollar 50 !), et celui au safran dégusté à Oman. De petits cafés -à peine un dé à coudre - mais puissants, forts, délicieux, et incroyablement parfumés, les meilleurs que j'ai bus. Ma belle-fille s'est équipée d'une machine à café étonnante, qui fonctionne sans capsule mais avec des boules de café compacté pour supprimer tout emballage. C'est joli, mais je ne le trouve pas excellent. Peut-être lui trouver une autre variété, histoire de m'attirer ses bonnes grâces... le café comme facilitateur des liens familiaux...

Et voilà, après le thé, le café. Prochain épisode, le whisky. Nan, j'déconne le whisky c'est trop fort pour moi (ceci dit, bavarde comme je suis, je pourrai écrire des choses à ce propos, le whisky, mon père, le service à whisky en cristal, la pince à glaçons...........)

Merci à Eric pour sa participation à mon blog ;-)

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