Par Feuilles_d_Acanthe
Ma tante Christiane va finalement partir en maison de retraite, elle n'est plus capable de rester seule chez elle, elle a des crises d'angoisse, ne se sent plus en sécurité, a peur de tomber...
Ma cousine m'a annoncé qu'elle va donc mettre en vente la maison, et j'en suis d'autant plus navrée que je n'ai pas les moyens de l'acheter.
Cette maison, je la connais depuis toujours. C'est mon oncle et ma tante qui l'avait fait construire, quelques années après leur mariage, à la fin des années 50. Quand je suis née, ma mère, travaillant, m'a confié en garde à ma tante. J'ai passé mes trois premières années avec ma tante, et ma grand'mère qui vivait chez elle, et sans vouloir faire de psychologie à dix balles, je pense que cela explique les rapports distants que j'ai toujours eu avec ma mère. Question caractère, je tiens bien plus de ma tante que de ma mère d'ailleurs. Cette maison, ce sont des souvenirs d'enfance, mais pas seulement puisque j'ai toujours continué à y aller pour voir ma grand'mère, puis mon oncle et ma tante, puis ma tante quand elle s'est retrouvée toute seule. J'en connais chaque détail, l'odeur de soupe de la cuisine, et l'odeur de vieux bois du garage.
Bref, la maison, le jardin avec les groseilliers, et l'érable dont l'ombre abritait le petit bassin avec ses poissons rouges. Ce n'est pas pour rien que je rêve d'une maison avec... un bassin et des poissons rouges. Ah, et puis il y avait un potager, et puis un poulailler, bien sûr. Et un vieil évier de béton contre un mur, tout froid, pour y mettre le linge à tremper, et les enfants à rafraîchir, l'été. Je me souviens bien du froid de ce lavoir sous mes fesses de petite fille...
La maison va être vendue, je n'en doute pas, à un bon prix. Petite, mal agencée, elle sera rasée par le nouveau propriétaire, qui construira à la place une superbe maison moderne. La clôture, le portail, ont été forgés par mon oncle lui-même. Ils disparaitront aussi, et mon enfance, définitivement.
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