Par Feuilles_d_Acanthe
Après avoir repris le chemin des cinémas bordelais, j'ai retrouvé aujourd'hui la médiathèque de ma commune. Avec un plaisir extrème. J'en suis repartie avec un cd de Birdy Nam-Nam (de l'électro), de Eels, un coffret d'une des saisons de l'université populaire de Caen, autrement dit les cours de philo de Michel Onfray, un polar de Jean-Claude Izzo, un recueil de nouvelles mettant en scène Bordeaux, et puis le dernier roman de Stephen King ! Ca tombait bien, je viens de finir Pot-Bouille, que j'aurais bien relu aussitôt, mais je vais attendre un peu. Pendant mes vacances je relirai Au Bonheur des Dames.
Pot-Bouille, c'est l'arrivée, dans le Paris du Second Empire, d'Octave Mouret, monté à Paris pour faire fortune, par les femmes, sûr qu'il est de son pouvoir de séduction. Pot-Bouille, c'est l'occasion pour Zola de dénoncer les dessous sales de la bourgeoisie parisienne qui s'efforce à la respectabilité. Zola a-t-il voulu également dénoncer la condition des femmes de cette bourgeoisie, soumises au pouvoir du père, puis du mari ? Où est-ce la lecture que nous pouvons en faire aujourd'hui ? C'est sombre, très cruel même, parfois même désespéré. Les femmes sont soumises au désir de l'homme, sans jamais faire l'expérience du plaisir, élevées comme elles le sont, entre innocence de leur éducation et hypocrisie de la société dans laquelle elles évoluent. Ce roman est donc paradoxalement non pas tant celui de l'ascension d'un homme, Octave Mouret, que celui des femmes qui gravitent autour de lui, qu'il s'agisse des bourgeoises ou de leurs bonnes, qui se vengent comme elles le peuvent de l'infériorité dans laquelle elles sont.
Alors, brusquement, dans cette musique mourante, dans ce soulagement après tant de vacarme, on entendit une voix qui disait :
- Vous me faites du mal !
Toutes les têtes, de nouveau, s'étaient tournées vers la fenêtre. Madame Dambreville avait bien voulu se rendre utile, en allant relever le rideau. Et le salon regardait Auguste confus et Berthe très rouge, encore adossés à la barre d'appui.
- Qu'y a-t-il donc, mon trésor ? demanda madame Josserand d'un air empressé.
- Rien, maman. C'est monsieur Auguste qui m'a cogné le bras, avec la fenêtre... J'avais si chaud !
Elle rougissait davantage. Il y eut des sourires pincés, des moues de scandale. Madame Duveyrier, qui, depuis un mois, détournait son frère de Berthe, restait toute pâle, d'autant plus que l'incident avait coupé l'effet de son choeur. (...) Mais, sous ces éloges, elle entendait bien le chuchotement qui courant dans le salon : la jeune fille se trouvait compromise, c'était un mariage conclu.
- Hein ? emballé ! vint dire Trublot à Octave. Quel serin ! comme s'il n'aurait pas dû la pincer, pendant que nous gueulions !... Moi, je croyais qu'il profitait : vous savez, dans les salons où l'on chante, on pince une dame, et si elle crie, on s'en fiche ! personne n'entend.
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