Par Feuilles_d_Acanthe
Fût une époque où j'écrivais de temps en temps, de courts textes parce que je ne serai jamais romancière, d'ailleurs je n'en n'ai pas l'ambition.
Je pose là un texte que m'avait inspiré la canicule de 2003, que je n'ai pas retouché depuis.
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La fin du monde ? Mon petit fils m’a posé cette question étrange hier soir, alors que j’essayais, tête en l’air, de reconnaître les constellations d’après un livre que je consultais souvent dans la journée. La question a surgie là, apparemment sans raison, comme souvent les questions des enfants. Quoique, devant l’infini stellaire, on peut dire que la question était dans l’air. Voilà une bonne conséquence de la fin du monde : sans lumières parasites, on peut très bien observer le ciel désormais…
Ainsi sont les enfants : naturellement optimistes. Nous autres, adultes, avons déjà vécu la fin du monde, pour eux, elle est une pure abstraction.
Quién sabe ? m’avait répondu mon père. Pour lui, instituteur communiste espagnol, la fin du monde avait eu lieu le 14 janvier 1932, lors du bombardement de Lérida. Bien sûr, moi, fils tardif né en France trente ans plus tard en pleine trente glorieuses, je ne pouvais imaginer ce qu’il avait vécu, cet effondrement de tout ce qu’il connaissait, ses valeurs, sa vie, la fuite à travers un pays bombardé… « A la télé, tu vois ces gens dans les films, qui sont toujours impeccables, les vêtements à peine froissés… La vérité, hijo, un réfugié ça pue, tu te sauves avec ce que tu peux, tu penses à tes papiers, à des photos, pas au savon… en arrivant en France, ma femme sentait la sueur et la crasse, et moi la merde, une entérite contractée en chemin… » l’entérite qui emporta mon frère aîné à peine né, mais de cette peine là il ne parlait jamais.
Un jour, j’avais une dissert à faire en philo, le thème devait être quelque chose autour des sciences et de leurs influences sur l’homme, le sujet m’intéressait, j’en avais discuté avec mon père, et lui avais dit dans la conversation « la fin du monde a commencé avec l’invention de l’électricité, car à mon sens le monde moderne est né ce jour là, avec lui les horreurs de la bombe atomique, et tout ce qui nous perdra certainement un jour, le progrès qui nous affranchit et nous éloigne de la nature, etc… Il eut suffi que Franklin ne l’ai pas découverte et tout eu été changé. » Quién sabe ? m’avait donc répondu mon père. Cela devait être…Il était dit qu’un jour un être humain découvrirait l’électricité, et ce à l’âge des cavernes déjà, parce que l’homme est ainsi fait qu’une force le pousse toujours en avant, à faire avant de réfléchir…
Pour mon petit-fils, la fin du monde n’a donc pas encore eu lieu. Pourtant je sais que c’est faux. Elle a bien eu lieu et nous ne sommes que des survivants, et il faut être fous pour vouloir encore avoir des enfants et les faire naître dans un monde condamné…
La fin du monde a commencé le jour où Benjamin Franklin a découvert l’électricité…
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