Par Feuilles_d_Acanthe
Mardi matin un des bénéficiaires du Centre est arrivé accompagné d'une jeune femme qu'on voyait pour la première fois. Il nous a expliqué qu'elle était dans la rue depuis peu, qu'il l'avait récupéré la veille au soir alors qu'elle était en train de se faire ennuyer par un zonnard, et qu'elle était ivre. Effectivement, elle était plutôt en mauvaise forme. On lui a offert un café, et un quart d'heure plus tard elle a filé aux toilettes pour vomir. J'ai pensé qu'elle se tenait une sacré gueule de bois.
Et puis elle a vomi, vomi, et encore vomi, je suis allée dehors (les toilettes des bénéficiaires sont à l'extérieur de la salle) et j'ai demandé à Laurent comment elle allait "ben elle commence à vomir du sang". Ok, c'est peut-être le moment d'appeler au secours.
J'ai découvert que si tu appelles le 15, tu as le temps de mourir dix fois avant que le standard décroche, et puis avoir pris les premiers renseignements on te fait de nouveau attendre avant qu'un médecin régulateur décroche pour te demander de nouveaux renseignements et au bout d'un temps d'attente variable tu as encore - et enfin - le toubib qui va prendre la décision de l'orientation du patient. Je te dis, tu as largement le temps de mourir, ça fait froid dans le dos. Entre temps Pascal, un des bénévoles présents mardi matin s'est emparé du sujet car il est sauveteur secouriste, a été voir la fille, a posé les bonnes questions, il s'avérait qu'elle avait des problèmes de boisson et qu'elle était en surcharge alcoolique, ce qui m'a permis d'affiner les infos que j'ai données au Samu. Finalement les pompiers sont venus et l'ont embarquée.
Mais bon, j'ai culpabilisé en me disant que j'aurais peut-être dû m'inquiéter plus tôt, appeler le 15 avant. Accessoirement je me suis dit que depuis le temps qu'il faut que je le passe, le fameux brevet de secouriste, faudrait peut-être que je me mette un coup de pied au derrière. Et enfin, il faudrait aussi surtout que nous ayons à notre disposition la liste de tous les bénévoles étant secouristes, justement. Pour le coup ça n'était pas trop grave (elle est ressortie des urgences quelques heures plus tard), mais si un bénéficiaire (ou un bénévole, après tout) faisait un malaise cardiaque ou un AVC ce serait peut-être une catastrophe. Je me suis notée de demander au directeur du Centre la liste des secouristes (elle doit bien exister !) pour l'afficher un peu partout avec les numéros d'urgence. Pour une asso qui accueille du public, c'est bien le minimum.
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