Par Feuilles_d_Acanthe
Et puis l’orage a éclaté.
La soirée avait été tendue. Je supporte mal la pleine lune, les temps orageux l’énervent… ça ne pouvait que dégénérer. Une phrase mal comprise, une réponse à laquelle on prête un sous-entendu, une assiette posée trop fort sur la table, le ton qui monte, une porte qui claque… elle est partie pleurer dans la chambre, je me suis brûlé la langue avec un café bu en solitaire, sur un balcon brûlant et sans air, obscurci peu à peu par les nuages de plus en plus menaçants.
Plus tard, les premières gouttes, épaisses, puissantes, ont frappé la poussière du sol et fait monter cette odeur de terre mouillée que nous aimons tant.
Je suis entré dans la chambre, éclairée sporadiquement par les premiers éclairs. Je me suis allongé près d’elle. Elle a dit «Dans Les Quatre Saisons aussi, il y a un orage.» Je me suis relevé, j’ai mis le cd sur le platine posée par terre, au bout du lit. Les premières notes ont envahi la pièce, se fondant parfois dans le bruit du tonnerre entrant par la porte-fenêtre ouverte, rideaux flottants dans l‘air encore étouffant, et je l'ai prise dans mes bras.
Plus tard encore, le silence s’est fait, bercé par le bruit régulier et apaisant de la pluie devenue fine. Très loin, quelques éclairs laissaient encore éclater leurs lumières, tamisées par les nuages plus proches. J’ai pensé que les lumières d’un bombardement devaient ressembler à ça. J'ai pensé aux amants d'Irak, de Tchétchénie ou bien d'ailleurs.
Le vent s'est refroidi, j’ai remonté les draps sur nos corps nus enlacés.
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