Par Feuilles_d_Acanthe
Reprise du travail sur site ce matin, donc. Peu de monde sur la route, je l'ai dit, encore moins de monde dans l'entreprise, la reprise n'est prévue que début juin, ne reprenaient aujourd'hui que les collaborateurs et cadres volontaires pour reprendre, afin de tester les mesures mises en place par l'entreprise : distribution des masques, redimensionnement des open-spaces et de la cafétéria, etc.
J'ai donc récupéré quatre masques, dans une enveloppe kraft, deux pour aujourd'hui, deux pour demain, avec quelques consignes, mettez un masque le matin, et l'autre l'après-midi après votre pause déjeuner, et venez chercher de nouveaux masques tous les deux jours. D'accord, mais le masque, on le met comment ? la face bleue sur le nez, ou la face blanche ? Et comment on fait pour éviter la buée sur les lunettes ? Et surtout, comment on fait pour supporter ce putain de truc en permanence sur la bouche, avec les élastiques qui tirent derrière les oreilles ? Aïe je me suis coincée la boucle d'oreille… J'admire les gens qui bossent en permanence avec un masque sur la figure, claustro comme je suis j'en oublie de respirer, ça m'agace et je ne suis pas la seule. Nous sommes cinq dans l'open-space, nous optons tacitement pour un modus operandi pratique : on met le masque quand on se rapproche pour discuter, le reste du temps le masque reste sur le menton.
Panne d'écran, un technicien vient, c'est un gars avec qui j'ai bossé, on discute un peu. Il a un masque, je porte le mien tant qu'on discute. Il manipule l'écran, mon pc, il écarte mon clavier qui le gêne…. pas de gants, pas de lingettes pour nettoyer après son passage. Je ne vais pas pousser des cris d'orfraie : personnellement je pense qu'il faut aussi qu'on se fasse notre immunité. J'ai toutefois regardé d'un œil un peu dubitatif la clim, juste à côté de moi, qui soufflait son air chaud à toute puissance…
Je vais aux toilettes, je me lave les mains, je retourne au bureau j'ai touché la porte du couloir, je me relave donc les mains au gel hydroalcoolique mis à notre disposition. Je vais chercher de l'eau pour la cafetière, je retouche la porte du couloir, je me relave les mains au gel hydroalcoolique mis à notre disposition. Je vais déjeuner à la cafétéria, je re-retouche la porte du couloir, je me re-relave les mains au gel hydroalcoolique…. je termine la journée avec la peau des mains façon croco, et ce n'est que le premier jour. Ca va faire le bonheur des producteurs de crèmes pour les mains !
Je suis donc retournée au boulot ce matin, et j'ai bien fait. J'ai réalisé qu'un mois de plus de confinement, et je n'aurais pas eu envie, mais alors pas du tout envie, d'y remettre les pieds. Travailler chez soi, c'est bien. Ma copine Véro, elle, était bien contente de reprendre : elle vit avec sa maman, un peu âgée, un peu sourde, alors le télétravail dans la chambre avec BFM qui braille non-stop dans le salon à côté, c'était compliqué.
La Big Bank a peaufiné son plan de reprise. Pour la pause déjeuner, nous avons des créneaux horaires imposés selon l'étage où nous sommes. Il y a certaines copines que je ne vais pas croiser d'ici plusieurs mois ! A la cafèt, ambiance surréaliste : sur les tables de grandes croix faites au scotch marron condamnent une place sur deux. Nous déjeunons en quinconce, quatre à une table prévue pour huit, et sans sel, ni poivre, ni carafe d'eau, ces objets étant des surfaces pouvant potentiellement être vecteur du virus… Le coin café a été condamné, pour la convivialité on attendra la fin de l'épidémie.
On notera que ce gros méchant virus aura mis à mal le modèle immobilier à la mode dans le monde de l'entreprise : terminé le "free-sitting" du "flex-office" : désormais chacun à une place attitrée, et doit y rester. Ca et le télétravail généralisé, c'est intéressant de voir à quel point les scénarios d'hier pourraient ne pas être ceux de demain.
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