C - Confinement. Je continue à aller travailler sur site, je ne veux plus télétravailler, le télétravail seule chez moi, j'ai suffisamment donné, je n'en suis plus capable. Peu de monde autour de moi, lundi nous étions six sur l'open space, aujourd'hui il y avait foule : nous étions huit ! De fait je ressens peu le confinement, le quartier fonctionnant comme d'habitude, commerces ouverts - ce n'est pas le genre de quartier où tu as beaucoup de "non-essentiels" - gamins dans l'aire de jeu, et djeunes en moto :-( Je le ressens surtout au travail, puisqu'il n'y a pas grand'monde, et sur la route également.
T - Travaux. Et d'ailleurs, vive le confinement et le télétravail ! Routes défoncées, trottoirs éventrés, voies de circulation réduites, c'est Beyrouth tout le long des travaux de l'extension du tram vers l'aéroport. La circulation est devenue particulièrement compliquée, avec les mises en sens unique, les alternats provisoires. A tel point qu'on se demande comment cela aurait pu fonctionner en temps normal. En un sens, heureusement que beaucoup de salariés télétravaillent. J'ai malgré tout modifié mes horaires de travail, j'essaie d'arriver plus tôt pour partir plus tôt, mais ce n'est encore pas suffisant, je dois affronter des bouchons impressionnants. Et pas possible de garer la voiture plus loin pour finir la route à pied, l'état des trottoirs ne le permettant plus. Je me demande comment cela va se passer, lorsque les gens vont reprendre le boulot - et les travaux doivent durer encore deux ans…
L - Lecture. Je pars au lit de très bonne heure, depuis un certain temps, parce que j'ai retrouvé un rythme de lecture soutenu, et je m'attaque à des bouquins plutôt conséquents. En ce moment Le Nom de la Rose, d'Umberto Eco, qui avait fait mes délices lorsque j'étais plus jeune (et, à la relecture, je le trouve bien pédant avec ses mots savants et ses citations en latin) et ensuite L'Amour au temps du Choléra, de Garcia Marquez, parce que j'ai trouvé le titre de circonstance, et qu'il s'agit d'un classique qui manquait à ma culture littéraire.
H - Homme. L'Homme qui me tournait autour a disparu. Je ne le vois plus au travail, et je n'ai plus de SMS. Remarque, je n'en n'envoie plus non plus. Je suppose que je n'ai pas dû transformer l'essai. Ce n'est pas grave, et cela ne me travaille pas plus que ça. Mon projet immobilier est bien mon souci numéro 1, en ce moment. Pour autant quand mon frère est reparti, dimanche dernier, après avoir passé deux jours avec moi, je me suis dit que ce n'était pourtant pas désagréable, de vivre avec quelqu'un.
C - CBD. C'est impressionnant comment nous sommes conditionnés par notre éducation. J'ai mis un temps certain à tester la chose, et à en acheter, et je l'ai fait avec l'impression de transgresser un tabou énorme, et la sensation que les foudres divines allaient s'abattre sur moi. Un peu comme quand j'ai acheté des actions, lorsque la Bourse s'est cassée la gueule au moment du premier confinement. Mais le CBD, c'est un réel mieux-être, très efficace sur le stress et, relativement, sur les angoisses. Et vu le niveau de stress que j'ai atteint, ces derniers mois, c'était devenu indispensable. Comme j'osais aborder le sujet avec Chloé, au bureau hier, elle m'a répondu qu'elle même en fume régulièrement. Je pense que le produit est plus utilisé qu'on ne le pense - et l'Académie de Médecine a un sacré train de retard.
P - Projet immobilier. Une des causes de mon stress. J'y vais à reculons, sur ce projet. Certes, je n'ai aucun doute sur le fait qu'il faille que je change de quartier - je ne supporte plus le moindre bruit, alors entre les voisines et les motos ce n'est pas vivable pour moi, autre cause de stress - mais l'appartement dans lequel je vis est tellement bien que je dois accepter de faire le deuil de certaines choses - le soleil de l'après-midi, les grandes chambres - en avaler certaines autres - les travaux à venir dans la résidence où est situé le futur appartement. Sans compter que, pour changer, je stresse, encore et toujours, à l'idée que le futur appartement sera peut-être entouré de voisins bruyants. Niveau de stress sans CBD : 9,5 sur 10.
R - Regrets. Mon frère est descendu le week-end dernier, il a posé sa voiture et nous avons pris la mienne pour descendre chez mon autre frère, dans les Landes. Mais bon sang, que fais-je à acheter encore une fois un appartement, en ville, alors que je rêve de maison, de campagne, de pins, de tranquillité ? Ah mais oui c'est bien sûr, il faut que je travaille encore quelques années… Mais c'est pas facile, de continuer à bosser, quand tant de personnes autour de toi ne travaillent plus, ne travaillent pas… Honnêtement, parfois ça m'agace, je le reconnais, ça me pose question, surtout quand le réveil me trouve déjà épuisée. Mais j'ai également l'honnêteté de reconnaitre que continuer à travailler, c'est aussi un choix de ma part.
P - Petite-fille. Comme j'étais chez mon fils aîné, vendredi dernier, j'ai profité de ma petite-fille, qui commence à bien parler. Elle a vu un papillon, s'est approché, le papillon s'est envolé, bien sûr, et elle lui a couru après "Reviens Papillon, reviens !" Il y a des choses qui n'ont pas de prix.
A - Amis. Comme je trainais dans un fauteuil, en fin d'après-midi, un sms "Une pétanque, ça te dit ?". C'était Sylviane et Laurent. "J'ai la flemme" "Bouge ton cul et ramène toi". J'ai pris ma voiture et un quart d'heure plus tard, j'étais chez eux, boules en main, pour un moment bien agréable. Après la partie, petit apéritif en bord de piscine - trop froide - et je suis rentrée chez moi en respectant le couvre-feu - et l'alcootest négatif malgré un excellent punch dans lequel je n'ai fait que tremper les lèvres, je sais être raisonnable. Sylviane s'y entend comme personne pour improviser des moments conviviaux en dépit de la situation.
C - Covid. Un peu ras-le-bol de la paranoïa de certains. On va tous mourir un jour, d'accord ? Et je vais te dire, si je devais mourir maintenant et bien ça ne serait pas grave. J'ai bien vécu, mes enfants seraient tristes, et ce serait très bien. Quand je vois la fin de vie de ma mère… Mourir, cela n'est rien, mais vieillir, ah, vieillir… Chanson de Jacques Brel. Une très vieille amie vient de perdre - de vieillesse eh oui on meurt aussi de vieillesse faut-il le répéter - son père qui fut, aussi, un de mes profs à la fac. Je garde le souvenir d'un bel homme, au profil andino, cultivé et ardemment communiste. Y a-t-il un paradis pour les communistes ?
I - Intéressement. J'ai déjeuné ce midi avec Bernard et Chloé. Nous avons évoqué l'intéressement que vient de nous verser la Big Bank, Bernard en prônant le blocage sur le plan d'epargne entreprise, qui peut rapporter beaucoup lorsque la Bourse est à la hausse, quand je défendais mon choix de le bloquer sur le plan epargne retraite, moins rentable mais moins risqué, pour sécuriser mon épargne. Nous sommes tombés d'accord pour dire que nous avions des problèmes de riches. Travailler a malgré tout de bons côtés.