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Il faut toujours quelques perdants...

Insomnie cette nuit, ces pensées que je rumine, ce ressentiment qui me bouffe.

Lors de l'enterrement de ma mère, un de mes oncles est venu vers moi "je tenais à te remercier pour tout ce que tu as fait pour ma soeur ces dernières années". Je ne m'y attendais pas, cela m'a touchée, il n'avait pas été là et savait pourtant ce que j'avais vécu.

C'est le seul remerciement que j'ai eu.

Mes soeur, frères... Je me suis occupée de notre mère, je suis l'aînée, je suis sur place, pour eux c'est normal. J'aurais trouvé normal pourtant qu'ils prennent leur part, c'était leur mère aussi. Je n'ai pas reçu plus d'affection qu'eux, au contraire, les relations entre ma mère et moi ont toujours été compliquées, j'étais un petit chat maigre refusant de manger, l'arrivée de ma soeur quelques années plus tard, bébé cadum replet et tranquille, l'a comblée plus que je ne l'avais fait, et elle s'est  beaucoup - à défaut de bien - occupée des mes frères nés ensuite. Au moment de l'héritage, ma part a été la même que les leurs.

J'ai, c'est vrai, la conscience apaisée d'avoir accompagné mon père, puis ma mère, et c'est important. Il ne me reste que le chagrin, et le temps fera son oeuvre.

Mais ce ressentiment, cette absence de reconnaissance, ce silence, cette indifférence, me bouffent, et c'est la cause principale de ma dépression.

Or j'en ai marre, je veux tourner la page, je veux m'en sortir.

Le christianisme m'enjoint à tendre l'autre joue.

Le bouddhisme m'invite à me détacher de tout ce qui m'occasionne de la douleur afin d'atteindre l'Eveil.

L'hindouisme me félicite d'avoir rempli mes obligations filiales et d'avoir ainsi gravi un échelon dans la roue du Dharma, ma prochaine réincarnation en récoltera les fruits.

Ma psy me dit que j'ai toujours un problème avec ma mère.

Le courrier des lecteurs du magazine Fémina me conseille de consulter un thérapeute et d'exprimer calmement à mes frères et soeur ce que je ressens afin de renouer le dialogue de façon apaisée, pour ne pas reproduire les schémas familiaux.

 

Perso, j'aurai bien tenté les poupées vaudoues, un peu de sang d'un des pigeons qui squattent mon balcon, quelques aiguilles et paf paf paf ! le mauvais oeil sur ces ingrats.

 

J'en plaisante, mais je vis en fait très mal la chose, et je n'arrive pas à tourner la page, à passer à autre chose. Que faire ? J'ai déjà envoyé un sms il y a quelques mois reprochant à mes frères et soeur de ne m'avoir pas aidée, sms que l'aîné de mes frères a jugé "inutilement blessant" et qui lui a servi de prétexte à ne plus me parler. Mon petit frère, comme d'habitude, m'a répondu "tu as raison" et a enchaîné sur la dernière manifestation anti-bassines. Je ne me souviens plus de la réaction de ma soeur, de toute façon, fâchée avec mes parents depuis dix ans elle ne sent pas concernée. Bref. Ne rien faire, laisser tomber, ne plus être celle qui appelle toujours - et quand j'appelle on ne me demande jamais comment je vais - laisser se distendre des liens qui, au final, ont-ils encore raison d'être ?

A la clinique de jour il y a un atelier "ruminations" auquel on ne m'a pas encore inscrite. Ce matin j'ai demandé à Jean-Matthieu "toi qui as fait l'atelier, explique moi comment on sort des ruminations ?" "On en sort quand on en a marre d'en avoir marre"... Euh mais encore ?

Les poupées vaudoues ?

 

Dans la grande chaine de la vie

Pour qu'il y ait un meilleur temps

Il faut toujours quelques perdants

De la sagesse ici bas c'est le prix

 

Et nous nous serons morts, mon frère

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