Par Feuilles_d_Acanthe
Et voilà, autant je m'attendais à ça, en début d'année, quand j'ai aménagé chez papa-maman, avec cartons mais sans fistons. Puis finalement j'avais tenu le coup, de façon surprenante mais plutôt soulagée. Et puis voilà, c'est maintenant que je craque, maintenant que je sens à l'étiage, une marée basse mais basse, et puis pas une marée basse façon bassin d'Arcachon, qui laisse de jolis dessins sur le sable, et du varech qui sent bon la plage de quand on était gosse. Non, une marée basse façon Garonne, de celle qui laisse apparaître ce qu'elle cache habituellement, limons, boues, troncs décomposés, cadavres d'animaux...
Craquer dans la voiture, c'est pas ce qui m'affole, j'ai une longue pratique derrière moi, maintenant. Me retrouver à aller me planquer aux toilettes, trois fois dans la matinée, c'est plus dur. Je vais repousser le moment d'aller chez le coiffeur, finalement c'est très utile, cette frange qui tombe sur mes lunettes. Me demander avec angoisse comment je vais tenir, et, étrangement, me demander surtout comment je vais gérer. Parce que ça a l'air de rien, mais gérer un craquage chez papa-maman, ça ne va rien arranger. J'ai envie d'être seule pour chialer, sauf que seule, en fait, je ne le suis jamais (sauf dans ma voiture). Encore un des paradoxes tellement supeeeeeeers qui caractérisent le sentiment d'échec que je me trimballe, lourde valise, depuis mes conneries d'il y a cinq ans : je suis seule sans pour autant vivre seule, tout comme je crève de l'absence de mes gamins sans pour autant les appeler, tout comme je me plante au boulot parce que je n'arrive pas à m'y mettre.
Ce midi, refuser les invitations de mes copines, je me sens trop contagieuse. Déjeuner avec les collègues, ça oblige à serrer les dents et permet d'afficher un sourire social bienvenu.
Au café, au soleil, envier l'inhumanité des lézards.
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