Par Feuilles_d_Acanthe
14/100 : Redressez les murs.
Photographier un bâtiment rien de plus simple en apparence. Or, même de l'extérieur, réussir une vue d'architecture demande de la technique et du temps.
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Et c'est vrai, photographier des bâtiments sans que les murs penchent de guingois n'est pas facile du tout.
A l'origine, c'est le quartier dans lequel je devais me rendre pour le défi précédent mais j'ai loupé la visite de la maison "musée" dont j'espérais photographier l'intérieur.
Une maison "Le Corbusier" datant de 1926, on va en fêter le centenaire le dernier week-end de ce mois de mai.
Comme souvent, j'ai eu de la chance et cette fois-ci, ça c'est joué à une seconde près.
J'étais donc en train de photographier cette maison, parmi les soixante autres de ce lotissement initialement appelé "Quartiers modernes du Monteil".
Et puis voilà qu'un monsieur arrive et me dit "vous connaissez le quartier ?" Et comment ! Mes arrières grand parents y avaient acheté une maison, mes grands parents y ont vécu après eux (ma mère y est née), et mes parents ensuite. Nous y avons habité jusqu'en 1970 et j'en garde de nombreux souvenirs. La maison est restée dans la famille jusque dans les années 80, une de mes tantes s'y était installée et elle l'a finalement vendue, au grand dam du reste de la famille qui y était attachée mais il faut dire ce qui est : ces maisons, construites en 1926 et peu entretenues étaient devenues moins "habitables" que les maisons neuves de l'époque.
Le quartier "Frugès"(*) a cependant connu un nouvel engouement à la fin des années 90 quand de nouveaux propriétaires, qu'on a qualifié de "bobos" parce qu'ils s'intéressaient à l'architecture du quartier, s'y sont installés et ont redonné vie aux maisons, les ont remises en état avec entre autres choses les codes couleurs initialement pensés par Le Corbusier et dans la foulée ont obtenu le classement du quartier à l'Unesco. Et c'est bien joli ce classement, mais ça entraîne de telles contraintes en matière de normes de rénovation - et donc un coût - que les propriétaires actuels ne peuvent plus suivre. Aujourd'hui il y a une dizaine de maisons à vendre sur la soixantaine que compte le lotissement - alors qu'il y a encore quinze ans elles s'arrachaient à prix d'or.
Donc, le monsieur qui arrive, et qui me raconte qu'il est le propriétaire de la maison que je viens de photographier, qu'il est en train de la refaire intégralement à l'intérieur - c'est un fan de Le Corbusier et financièrement à l'aise - me dit aussi qu'il en a une autre, et qui plus est une "gratte ciel" c'est à dire une maison de deux étages avec un toit terrasse solarium. Et me propose... de la visiter !
J'ai passé presque une heure avec lui et sa femme, j'ai donc visité la maison "gratte ciel" et suis montée jusqu'au toit terrasse... ce qui ne m'étais jamais arrivée et j'en ai été très émue. A l'intérieur de la maison des éléments d'époque, les carrelages et les parquets (admirablement conservés après 100 ans !), et quelques meubles choisis dans l'esprit de ceux conçus par Le Corbusier et Charlotte Périand (!!!). Diantre fichtre, cette rencontre c'était inespérée.
Cerise sur le gâteau : il m'a montré la photocopie d'un document de l'époque avec la liste des premiers acquéreurs des maisons et il y avait bien le nom de famille de mes arrières grands parents ; j'ai trouvé ça émouvant car si je savais qu'ils avaient donc acheté une des maisons, j'ignorais qu'ils avaient fait partie des premiers propriétaires. Il m'a également invitée à me joindre à eux pour le repas organisé fin mai à l'occasion du centenaire du quartier, pour y venir avec mes propres souvenirs (et des photos si j'en retrouve dans les albums de mes parents). Ce fut une rencontre vraiment chouette !
Une photo de l'enfilade des maisons "gratte ciel" en l'état. On note que le toit terrasse est desservi par un escalier extérieur, donnant aux maisons un aspect tout à fait particulier.
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Et la vue depuis le toit terrasse sur celui de la maison d'à côté, avec son solarium, une des maisons restaurées dans l'esprit de Le Corbusier et toujours entretenues.
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Je sautais de joie en rentrant chez moi !!! 😊😊😊 Quelle chance j'ai eue ! J'ai une très mauvaise estime de moi-même mais je reconnais que le fait que je sois souriante m'attire souvent la sympathie des gens que je croise, pour des beaux moments de partage.
(*) Plus communément appelé ainsi du nom d'Henry Frugès, un industriel bordelais qui avait commandé ce lotissement à Le Corbusier pour y loger ses ouvriers. @Diablotin : l'occasion d'une conversation avec mon fils venu dîner hier soir, à propos de ces patrons qui avaient fait construire des logements collectifs à une certaine époque. Je lui ai donc parlé du phalanstère de Fourrier, mais aussi d'un certain quartier strasbourgeois 😉 .
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