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Des pages, des pages

La moisson de pages de septembre, avec quelques passages que j'ai bien aimés...

Le Barman du Ritz, un des succès littéraire de l'an dernier, et en effet pas mal du tout. L'histoire du barman du Ritz durant l'occupation, de confession juive, partagé entre peur et culpabilité. L'homme a existé, les faits sont réels, la peinture de cette partie de l'occupation est intéressante.

Depuis 1940, la bourgeoisie éclairée n'a pu éviter le gouffre. La probité et l'honneur ont pas empêché quelques uns de succomber aux tentations du cloaque de Vichy, mais ils sont rares et reclus et exilés, on ne les entend plus. (...) Frank Meier a appris à distinguer d'autres nuances au royaume des favorisés. Le bourgeois en exil, qui a connu le déclassement. Le bourgeois catholique, soucieux d'honorer son devoir de charité. Le bourgeois cultivé, guidé par sa mauvaise conscience. Enfin, le bourgeois socialiste, épris d'un idéal de justice. "Finalement, mes bourgeois luttaient d'abord contre eux-mêmes. Maintenant il n'y a plus que le tintamarre ininterrompu des charognards."

(...) 

La morale retient Georges - un fond de lâcheté aussi, peut-être. Il n'est pas fait pour la loi du plus fort. Frank ressent la honte et la frustration de son ami. Il n'est pas fâché que Georges comprenne enfin,  fût-ce à ses dépens, que ce monde là est bien plus pourri que le précédent. Ces gens-là ne volent pas, ils "saisissent". Ils ne cambriolent pas, ils "perquisitionnent". Ils ne rackettent pas, ils "dressent un procès-verbal". Les mots eux aussi ont été spoliés.

Je l'ai offert à Sylvie 3 pour la remercier d'avoir gardé Loukoum pendant mon voyage à Malte, elle me l'a prêté et doit maintenant le passer à Sylvie 2. Il faut qu'on développe cette idée de petit club de lecture.

 

Clamser à Tatouine, l'évènement littéraire de ces derniers mois puisqu'il s'agit du premier roman de Raphaël Quenard, cet acteur à l'accent et la gouaille si caractéristiques. L'histoire d'un homme qui va tuer, pour l'expérience, par plaisir, avec une froideur surprenante. Ca m'a fait penser à Ca s'est passé près de chez vous, le film avec Benoît Poelverde, en bien moins glauque. L'écriture est originale mais je n'y ai pas retrouvé la diction particulière de Quenard, légère déception. Le bouquin est original à défaut d'exceptionnel mais avec quelques belles pages.

Quand tu grandis au sein d'une fratrie, tu sais qu'en poussant le bouchon sur certains points, tu vas délivrer les autres d'un poids. Quand tu avoues une connerie, même longtemps après l'avoir faite, ta confession profite à l'autre qui s'engouffre dans l'espace défriché pour repousser à son tour de nouvelles limites et accroître par là même son propre espace de liberté. C'est par ces poussées successives, venant tantôt de l'un, tantôt de l'autre, que se construit une fratrie et par extension, une famille.

 

Je continue mon exploration d'Edouard Louis, avec ces deux livres consacrés à sa mère. Sa mère a quitté son père, puis a quitté l'homme avec qui elle pensait refaire sa vie. L'un comme l'autre, l'histoire d'une liberté qui se gagne. Louis continue dans la dissection de son histoire familiale à la lumière du déterminisme social. Ca agace ou pas, perso je trouve ça intéressant. Les livres sont courts et efficaces. Combats et métamorphoses d'une femme donc, suivi de Monique s'évade. Je recommande.

Elle avait essayé d'échapper à son destin, en commençant des cours de dactylographie ; elle avait dû y renoncer faute de temps et faute de moyens. (...) Elle avait entamé une procédure de divorce plus tard, mais elle avait fait marche arrière. Elle détestait son mari, elle ne supportait plus ses colères, ses crises de jalousie, elle aurait voulu s'enfuir mais elle n'avait jamais pu le faire. Elle avait vécu pendant des années une vie qu'elle ne voulait pas vivre, dans un espace duquel elle ne pouvait pas s'échapper : son existence avait été, en grande partie, une existence carcérale.

(...)

Elle a cinquante-sept ans et elle n'a jamais pris l'avion de sa vie, jamais, elle n'a jamais vu le ciel de l'intérieur et la terre depuis le ciel, elle n'a jamais dormi dans une chambre d'hôtel (...) Toutes ces choses qu'on s'apprêtait à faire ensemble seraient pour elle une succession de Premières Fois. Une guerre contre une armée de Jamais.

 

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