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Les jours avec, les jours sans (2)

Côté moral, retour de la dépression poisseuse, le trouble anxieux étant quant à lui au plus haut, conjonction des deux pas glop. Je dors trop ce qui n'arrange rien :  action : remettre le réveil.

Trêve des confiseurs, j'avais mis de côté les démarches administratives relatives à l'invalidité, demande de prise en charge par la prévoyance entreprise et demande de prise en charge du prêt immo. J'ai repris les dossiers ce matin, bonne surprise l'assurance emprunteurs a pris en charge une partie des mensualités, trop peu hélas la faute au fait que mon arrêt de travail n'a pas été continu. Il aurait fallu que je ne reprenne pas le travail comme je l'avais fait à trois reprises, alors que la psy n'y était pas favorable qui plus est ! Action : toujours écouter la psy à l'avenir.

Reprise à Saint-Nicolas hier, après quelques jours de vacances correspondant à la fermeture du centre pour la fin de l'année. J'étais contente de retrouver certains des bénéficiaires que je commence à bien connaître et de leur souhaiter une bonne année - ou plutôt une année meilleure que la précédente. J'ai été bien moins contente, voire carrément découragée, l'après-midi, car je me suis pris la tête avec deux bénéficiaires coup sur coup. Je n'aime pas qu'on me manque de respect et je le dis haut et fort, et comme la violence entraîne la violence, le ton monte et généralement, comme je suis une femme, petite et pas jolie, je m'en prends plein la tête. Action : dans une prochaine vie me réincarner en gros beauf d'un mètre quatre-vingt quatre-vingt dix kilos, ma vie en sera grandement facilitée. Déception : ne pas avoir pu compter sur l'appui du directeur du centre, Lucas étant gentil et peut-être un peu trop. Grosse déception : je ne sais toujours pas maîtriser mes réactions. Action : essayer de m'améliorer sur ce point là, effort que je fais pourtant depuis des années tout en ayant l'impression de ne pas y arriver. En tout cas, une bonne surprise : alors que je me faisais rembarrer par un des deux types avec lesquels je me suis pris le bec, celui-ci s'est fait à sont tour rembarrer par un maghrébin qui lui a dit assez vivement qu'il n'avait pas à me manquer de respect. Découverte faite à Saint-Nicolas : mon âge m'apporte le respect des maghrébins. J'avoue, à ma grande honte, que j'avais beaucoup d'a priori très nuls par rapport à certaines populations, et je je reconnais bien humblement que mes préjugés étaient très cons, surtout infondés, en dépit des quelques années que j'avais passées dans la Cité. J'y suis d'ailleurs passée ce matin pour aller chercher mon pain, deux maghrébins m'ont souhaité la bonne année - je t'assure qu'il y a de belles rencontres à faire - mais je pense que mon sourire rend les choses plus faciles. Bref, une journée d'hier difficile, dans la remise en question et ce n'est jamais agréable. Action : lâcher du lest et rester zen quoiqu'il arriver. Ne pas oublier qu'après tout, ces types sont bien plus malheureux que moi. Pour le coup j'ai découvert que les extrémistes sont aussi très cons, les types avec qui je me suis pris la tête étant plutôt d'extrème-droite. Je considérais les électeurs du RN avec bienveillance comme des égarés de la démocratie, je découvre que ce sont de vrais méchants cons aux idées rétrogrades en ce qui concerne les femmes en particulier. Action : ne plus leur parler.

La journée avait pourtant bien commencée, avec Olivier qui m'a rejoint à Saint-Nicolas pour y faire du bénévolat. Sa bonne résolution à lui c'est de retrouver une vie sociale et se sortir un peu de chez lui. Nous étions ensemble pour nous occuper des douches, on a passé un bon moment. J'avais bien rigolé aussi avec Taoufik, qui pue la beuh à dix mètres au point d'incommoder certains autres bénéficiaires, c'est dire. Si l'alcool reste un tabou chez les musulmans - mais certains avouent à demi-mot en consommer de temps en temps - la beuh c'est open bar. Taoufik est reconnaissant qu'on lui lave ses vêtements, les maghrébins sont particulièrement sensibles à leur présentation, comme la plupart des bénéficiaires. Comme je l'ai déjà dit, quand tu croises la plupart d'entre eux dans la rue, tu n'imagines pas qu'ils vivent dans la rue. Difficile de souhaiter une bonne année à Youssef, il a trop de mal à apprendre le français, et je ne critique pas : dans les conditions inverses je pense que je n'arriverais jamais à apprendre l'arabe. L'avantage du centre, c'est qu'il y a toujours un arabophone à proximité pour traduire. J'ai donc malgré tout pu souhaiter une meilleure année à Youssef, qui a l'air tout doux et tout gentil, et dont la vie de sans-papiers qui ne parle pas français le condamne à une vie de pauvreté en France - de petits boulots au noir de temps en temps qui ne lui permettent probablement pas de survivre. Hicham était déçu : après avoir travaillé dur pour décrocher un boulot - je l'ai aidé à faire son CV et il a un bon bagage - il avait finalement obtenu un CDI chez Aldi en décembre, qui l'a jeté au terme de sa période d'essai qui comme par hasard se terminait juste après les fêtes, ou comment la grande distribution et le hard discount en particulier parviennent à tirer les prix vers le bas mais les marges vers le haut. Mais il reste positif, son CV lui avait apporté d'autres propositions, il espère retrouver du boulot rapidement. Ibrahima espère avoir ses papiers d'ici quelques mois, la CMU lui permettrait de pouvoir se soigner correctement, Alexis vient de trouver un logement via une organisation solidaire, et doit commencer une formation lundi prochain, comme souvent nous avons échangé des bouquins, lus ces derniers jours. Anna n'était pas là hier mais j'ai appris qu'elle avait obtenu le précieux sésame du titre de séjour. Action : garder le sourire.

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F
Très bonne séance cet après-midi avec la psychologue que je vais voir en ce moment, durant laquelle nous avons parlé des deux "clash" d'hier après-midi. J'avais déjà fait un débriefing moi-même lors d'une insomnie cette nuit mais c'est toujours plus intéressant d'avoir le point de vue objectif d'un professionnel. Nos analyses étaient concordantes, ce qui me prouve que lorsque j'essaie d'être objective sur moi-même ou des évènements me concernant je n'y arrive pas trop mal et c'est plutôt positif. Maintenant il faut que j'arrive à être objective avant que ne survienne le conflit !
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