Par Feuilles_d_Acanthe
En fait il y avait très, très longtemps que je n'avais pas travaillé avec autant de monde autour de moi, autant de bruit, enfermée qui plus est, et ça me crève. Ajouté à cela les bavardes et bavards de tout genre et puis, à l'extérieur, quelques personnes qui me prennent aussi peu d'énergie... Je suis épuisée. Avant-hier, alors que je me débattait avec un jeune maghrébin furieux qui nous assurait qu'il avait des affaires en bagagerie alors que nous n'avions pas de dossier à son nom, moi parlant français, lui arabe, une colombienne est arrivée - je suis une des rares bénévoles à parler espagnol - pour m'expliquer qu'elle voulait qu'on l'aide à faire venir de Colombie son fils malade - et non madame ce n'est pas possible car nous ne sommes pas un bureau de l'immigration - lo siento mucho pero nosotros no somos una oficina oficial para la imigracion - je ne suis pas sûre de la qualité de mon espagnol mais elle a finit par comprendre. C'est un peu la tour de Babel. Grosse fatigue physique d'être toujours debout, mais surtout grosse fatigue intellectuelle de devoir être toujours attentive et à l'écoute.
A Saint-Nicolas j'ai découvert une personne fascinante : Guylaine. Guylaine parle. Tout le temps. Je n'ai pas encore compris comment elle peut tout de même manger, il faut que je m'efforce de percer ce mystère. Le mardi midi nous sommes quelques uns à déjeuner sur place, nous avons une petite salle à manger. Mardi prochain il faut absolument que je l'observe attentivement. Comment fait-elle pour manger et parler en même temps ? Je voudrais juste qu'elle s'arrête de parler dix minutes, dix petites minutes de silence... Pour moi c'est un ouragan perpétuel dans mon cerveau et je n'y arrive plus.
Trop de monde, trop de bénévoles, trop de bénéficiaires, trop de vies difficiles à écouter, trop d'interlocuteurs dont je me demande parfois aussi si ce qu'ils me racontent est vrai.. et je prends beaucoup sur moi pour rester attentive et dans une attention bienveillante quelque soit ce que j'entends. Pas assez de beau temps, aussi, de temps à me reposer au rythme du hamac. Comme je le disais dernièrement : vivement cet été qu'on crève de chaud (et les vacances pour que je me repose le cerveau et les oreilles).
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