Par Feuilles_d_Acanthe
En apparence, rien n'a changé.
Je suis toujours capable de prendre mon vélo, pour aller me balader. De passer une heure sur ma terrasse, au moment du petit-déjeuner, à paresser, à regarder les arbres, à tenter de découvrir chaque molécule odoriférante dans l'air. Ce matin, l'air est frais, vaguement piquant - il présage l'automne à venir - et parfumé d'une délicate odeur de feu de bois. Il y a eu un incendie sur le Bassin, je n'ose croire que c'est l'odeur qui vient jusqu'à nous, et pourtant.
Mais en dedans, ce n'est pas ça. Je ne savoure plus l'instant, je ne parviens pas à retrouver ces sensations de bonheur et de plénitude qui m'envahissaient. Je ne parviens plus à être moi.
Mon cerveau fonctionne sans discontinuer. Je suis perpétuellement en train de penser, et c'est fatigant, d'autant que ce sont des pensées qui tournent en rond, autour de mon mal-être, de mon avenir, de ce rendez-vous que j'ai pris la semaine prochaine à... Si encore ces pensées m'aidaient à avancer, à y voir plus clair... Mais non, c'est un tourbillon, et rien de plus.
Le même phénomène, à un degré plus critique, il y a cinq ans, m'a valu d'être mise sous neuroleptiques par la psy qui me suivait. En fait, ça m'avait mise dans un brouillard sévère du côté des capacités intellectuelles (plus jamais, plus jamais, j'en paie encore le prix au niveau du boulot) et ça n'avait pas vraiment endigué le flot de pensées que mon cerveau est capable de produire. L'homéopathe, à qui je m'en suis ouvert il y a quinze jours, en lui disant que mon frère a le même problème, m'a simplement demandé si nous étions des enfants précoces. Je ne m'attendais pas à la question, ça m'aura au moins fait rigoler, parce que pour mes parents nous n'avons jamais été assez intelligents, même si ma mère claironnait partout que j'ai appris à lire toute seule. Pour ce que ça me sert, quarante ans plus tard...
Un coup de fil, de mon frère, justement, à l'instant. Gémellité troublante des sentiments, des galères, il aimerait, lui aussi, pouvoir débrancher son cerveau, en ce moment... Heureusement, nous nous voyons ce midi, pour l'anniversaire d'une cousine, pause bienvenue....
Pour me rassurer, il m'a dit "ne t'inquiètes pas, j'ai des capacités de récupération extraordinaires". Ouais, ça, c'est de la méthode Coué. J'ai répondu "oui, c'est ça, et moi aussi. Mais jusqu'à quand, hein, jusqu'à quand ?"....
Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog