Par Feuilles_d_Acanthe
Je n'ai plus faim. On me rétorquera que j'ai bien de la chance, dans un monde où tant de gens meurent de faim. Ok, mais je choisis pas, et c'est comme ça, je n'ai plus faim, et ça ne m'amuse pas. Parce que c'est pénible, à force, cette impression d'avoir toujours l'estomac plein, cette absence d'appétit, ce manque d'envie devant la nourriture. Et parce que l'absence de faim s'accompagne de l'absence du repère de satiété, j'ai peur de trop manger, de mal évaluer mon éventuel appétit, de me remplir à défaut de me nourrir. Je crains le dérèglement d'appétit, la compensation de mon mal-être par la bouffe, et la prise de poids qui accompagnerait cela. Je le sais pour avoir vécu ça, il y a cinq ans. Je ne me souviens pas d'avoir perdu l'appétit, à l'époque, mais je me souviens bien du dérèglement de la notion de satiété, de la compensation par la nourriture. +10 kgs qu'il m'a fallu trois ans pour perdre, et ce n'était pas du muscle, bien sûr !
Je pense qu'il s'agit d'un effet secondaire de l'anti-psychotique que je prends. Pour autant, je ne cesserai pas de le prendre, il me permet de ne pas craquer, alors que je suis un peu limite en ce moment, en particulier qd je pense à mes fils, ou que l'on parle d'enfants autour de moi (et je bosse dans un univers essentiellement féminin...). J'ai regardé, la semaine dernière, un reportage sur la schizophrénie. Le problème des effets secondaires était à peine abordé. C'est pourtant un problème essentiel dans les traitements au long cours : les patients sont confrontés à des effets secondaires plus ou moins importants, mais qui se révèlent pénibles sur la durée. Je suis persuadée que bien des patients accepteraient mieux leurs traitements si les effets secondaires étaient le plus réduits possible. Le problème c'est qu'à l'heure actuelle, les médecins minimisent trop (voire nient) ces effets secondaires, laissant le patient désarmé face à l'inconfort apporté par le ou les médicaments, inconfort qui conduit parfois à l'arrêt du traitement. Il faut donc que je fasse "avec" mon absence de faim, et que je fasse attention à me nourrir correctement, ni trop, ni mal.
Sinon, cette histoire de faim, ça me rappelle le héros des Mains Sales, de Sartre. J'ai beaucoup aimé le théatre de Sartre, écrit dans une langue simple, concise, avec des didascalies parfois longues, on sentait qu'il tenait à la visualisation qu'il avait de la scène qu'il écrivait. Dans Les Mains Sales, le héros est issu d'une famille bourgeoise et aisée, mais, mû ipar un sentiment de justice sociale, l est attiré par la lutte révolutionnaire portée par un parti ouvrier. Dans une scène, les camarades du parti lui reprochent de ne pas être des leurs, et, justement, de ne jamais avoir eu faim. Rien à voir avec moi, juste le souvenir, littéraire, d'une pièce que j'ai beaucoup aimée...
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