Par Feuilles_d_Acanthe
Et puis il y a l'infirmier qui te dit "aujourd'hui elle va beaucoup mieux". Lors de la fin de vie de mon père, il y a deux ans, je me suis laissée surprendre par ces "mieux". La première fois je me suis dit "les médecins se seraient trompés, il ne va pas mourir ?" Mais non, ces crétins ne se trompent pas, ils oublient juste de te prévenir que la fin de vie ce n'est pas une descente linéaire, et qu'il y a, en effet, des périodes de "mieux", où la personne est soudainement plus réveillée, de nouveau présente au monde. C'est déconcertant, et stressant.
Dans ces conditions, que répondre à ma soeur qui m'appelle : "comment va maman ?". Comment dire l'indicible de la fin de vie ?
Et puis l'envie de l'envoyer balader, c'est bien temps de poser la question quand on a coupé les ponts depuis si longtemps, l'envie de lui dire "mais bon sang va la voir une dernière fois ta mère tu lui dois bien ça !", et puis aussi "tu me dois bien ça aussi, moi qui me suis occupée de tes parents ces dernières années, qui ai porté seule ces fins de vie douloureuses, va regarder un peu ce que j'ai vécu depuis cinq ans !". Mais non, lui répondre calmement que ma mère est sous oxygène, qu'elle a cessé de s'alimenter, que le médecin a prescrit ce qu'il fallait pour le cas où elle souffrirait...
Cette fin de vie, je ne m'y attendais pas, c'est brusque, j'ai du mal à réaliser. D'ailleurs quand l'ehpad m'a appelée en fin de semaine dernière je n'ai pas compris, et j'ai dû faire répéter l'infirmière, lorsqu'elle m'a rappelée lundi. Ca me tombe dessus, et toute la fatigue de ces cinq dernières années passées à accompagner mes parents aussi. Hier je n'ai pas pu prendre la voiture pour aller au bureau, je n'étais pas en état de conduire, j'ai appelé mes collègues pour les prévenir, j'ai bossé en télétravail, et puis j'ai posé deux jours de congés, aujourd'hui et demain - et ensuite je ne sais pas. Le médecin de ma mère m'a appelée hier, il m'a parlé de jours... Cette nuit j'ai dormi un peu plus longtemps et un peu mieux que ces derniers jours, tant mieux, il faut déjà prévoir l'organisation de la cérémonie à venir et le stress de celle-ci, et tenir le coup, physiquement.
Un de mes collègues m'a appelée hier, il m'a gentiment dit de prendre soin de moi, m'a prévenue sur le risque de dépression qui pourrait survenir après. C'était vraiment gentil, ça m'a touchée.
Autre bonne surprise hier, l'aîné de mes frères est passé à l'ehpad pendant que j'y étais et j'ai trouvé ça bien parce que je ne m'y attendais pas. Nous avons pu discuter notamment de détails pratiques, et ça m'a fait du bien de pouvoir partager ça, et ça a fait tomber la colère qui m'habite trop souvent et c'est encore mieux. Ce week-end mon petit frère doit descendre - et j'espère qu'il arrivera à temps pour pouvoir tenir la main de notre mère une dernière fois.
Ca se résume à ça dans l'état où elle est, juste lui tenir la main - et elle serre les nôtres avec force - et comme pour mon père, je suis heureuse de pouvoir le faire. Le chagrin ce sera pour plus tard, mais au moins sera-t-il un chagrin apaisé de savoir que j'aurais tenu la main de ma mère dans ce moment là.
Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog