Par Feuilles_d_Acanthe
Août 2005. La station de métro Villiers, dont je sors toujours en riant, avec mon amoureux du moment, parce que je me trompe systématiquement de côté. C'est le mois d'août - et le mois d'août est doux aux amoureux, dans Paris déserté par les parisiens. La station Villiers et, en surface, son carrousel qui tourne, tourne, tourne... comme tournent les têtes des amoureux seuls au monde dans la plus belle ville du monde...
Novembre 2006. Retour à Paris, seule, le temps de trois jours de formation. Il fait nuit, il fait froid. En fin de journée, je débouche du métro, pour aller au musée Cernuschi. Je tombe face au carrousel - je ne m'y attendais pas. Je croyais avoir tourné la page, le chagrin qui me remonte dans la gorge me prouve que non. Parmi les passants qui marchent, pressés, je suis là, immobile, submergée par le désespoir et les larmes.
Janvier 2015. J'ai rendez-vous, je suis pressée, agacée de ne rien voir de Paris, je suis encore une fois en formation et les musées ferment trop tôt. Il fait froid, mais je ne me décide pas à prendre le métro de suite, je descends l'avenue de Villiers depuis mon hôtel près de la porte de Champerret, vers l'avenue des Batignolles. Il fait un froid terrible, le jour le plus froid de cet hiver. Arrivée en bas de l'avenue de Villiers, je vois le carrousel, illuminé dans la nuit tombante, et qui tourne, tourne, tourne.... et il peut bien continuer à tourner, je suis contente d'en voir les couleurs et les lumières, mais, baste ! il fait froid et j'ai autre chose à faire. Je m'engouffre dans le métro, adieu le carrousel, à une autre fois peut-être.
Je n'avais pas d'appareil photo, en 2005. Il n'existe aucune photo de cet amour foudroyant et dévastateur. Lundi dernier, en repassant devant le carrousel, bien sûr, les souvenirs me sont remontés à la mémoire, bien sûr. Mon APN était dans mon sac, je photographie ma vie. J'aurais pu photographier le carrousel. J'aurais pu. J'y ai pensé. Pour le souvenir, pour la postérité, pour la beauté gaie des couleurs des lumières tournant dans la nuit... J'aurais pu, mais j'ai laissé mes mains frigorifiées bien au chaud au fond de mes poches.
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