Par Feuilles_d_Acanthe
Ma mère a la maladie de Parkinson. C'est pas nouveau, ça fait quinze ans qu'elle a été diagnostiquée, et la maladie évolue lentement. Comme si ce n'était pas suffisant, elle est atteinte depuis quelques années d'une dyplopie occulaire, c'est à dire que ses deux yeux ne convergent plus tout à fait, et qu'elle a un décalage dans vision. C'est pas bien marrant tout ça, je suis bien d'accord, ça fait beaucoup pour la même personne. Ma mère est maintenant une petite chose de 38 kgs, pas bien assurée dans ses mouvements, et qui ne voit pas bien.
Mais ma mère conduit toujours. Elle prend le volant de sa voiture, et va à son cours de gym. En pleine ville. "Mais je fais très attention et je vais très lentement". Argh. Le genre d'argument qui me met en colère à chaque fois. Car je me mets en colère. Je me suis déjà accrochée avec mes parents - ils sont bien deux - il y a dix-huit mois, à ce sujet. Je trouve irresponsable de conduire dans un tel état. Mais ma mère botte en touche "la neurologue a dit qu'il fallait que je garde mon autonomie" et mon père la soutient - c'est tellement plus confortable de la soutenir que d'aller contre.
J'ai de nouveau soulevé le problème il y a quinze jours, lors d'une visite chez eux, apprenant qu'elle venait de casser une roue de sa voiture "mais ce n'est pas de sa faute, il y avait des travaux sur la route" dixit mon père "mais ce n'est pas qui est ennuyeux, le plus grave, tu te rends compte, c'est qu'il m'a fallu quinze jour pour retrouver une roue !". Mais bien sûr.
J'ai pris le taureau par les cornes, et devant leur refus de regarder le problème en face, j'ai appelé leur généraliste, la semaine dernière. Qui a botté en touche, et m'a renvoyé vers la neurologue qui suit ma mère... Bravo le toubib, c'est pourtant lui qui fait les renouvellements de médicament de ma mère, il ne peut pas dire qu'il ne connait pas son état de santé.
J'ai donc appelé la neurologue cet après-midi. "C'est ennuyeux vous comprenez, lui interdire de conduire c'est la priver encore davantage de sa liberté de mouvement". Ok Docteur, mais vous n'êtes pas sans savoir qu'elle a aussi un problème occulaire, ça fait beaucoup, non ? "Bon, je vais en parler avec elle...". Elle non plus je ne l'ai pas sentie motivée.
La réalité est là : si un examen médical existait pour vérifier l'état de santé des conducteurs, ma mère se retrouverait avec une interdiction de conduire. Mais voilà, l'examen n'existe pas, hélas, et les professionnels de santé n'ont pas envie de plomber le moral d'une malade déjà assez déprimée comme ça par son état de santé.
Oui, mais. Mais si elle a un accident ? Si elle blesse quelqu'un ? J'avais un oncle, il y a quelques années, qui devenait sénile, et conduisait toujours. Il n'a blessé personne, heureusement, mais il a lui-même abîmé sa voiture deux ou trois fois, tant et si bien que son fils lui a un jour retiré les clés de la voiture.
Je ne suis pas fière d'avoir dû intervenir auprès des médecins de ma mère, mais j'estime avoir pris mes responsabilités, et je suis un peu écoeurée de la façon dont eux ne prennent pas la leur.
Bien sûr, si ma mère apprend ça, ça va être le drame. Mais, de toute façon, je suis déjà la méchante fille au mauvais caractère. Je serai désormais la méchante fille au mauvais caractère et qui en plus se mèle de ce qui ne la regarde pas. Oui mais au moins, j'ai la conscience tranquille.
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