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La canicule, donc

Comme j'aperçois, depuis mon balcon, les fumées de l'incendie du sud-gironde, je me suis mise en tête, tout à l'heure, d'aller chez ma tante Christiane pour qu'elle me raconte le Grand Incendie de 49. Petite, j'écoutais mes parents en parler, ils étaient enfants en 49 et en gardaient l'un et l'autre un souvenir fort. Mes parents n'étant plus là, j'aurais bien aimé avoir le témoignage de ma tante qui, plus âgée que mes parents, doit en avoir des souvenirs plus précis - encore que les souvenirs de mes parents témoignaient de ce que l'évènement avait eu de terrifiant. Ainsi, mon père se souvenait de son propre père montant sur le toit de leur maison pour l'arroser, afin que les flammèches portées par le vent ne mette le feu à la charpente. Et je précise que l'incendie est arrivé à une vingtaine de kilomètres de Bordeaux, mais il était tellement important - c'est tout une partie du département des Landes et de celui de la Gironde qui a brûlé - que les cendres et escarbilles arrivaient jusqu'à la banlieue bordelaise. Ma mère, elle, était en colonie de vacances sur le Bassin d'Arcachon, les moniteurs lont fait évacuer la colonie, ont emmené les enfants sur la plage pour gagner un autre centre, un peu plus haut. En pleine journée il faisait noir tant la fumée était épaisse et les eaux du Bassin étaient rougies par l'incendie, il faut imaginer les enfants terrorisés par le spectacle et, certainement le bruit et la chaleur de l'incendie arrivant dans leur direction, coincés entre la forêt en feu et la mer... La colonie sera finalement épargnée par les flammes, ma mère, en revenant, y retrouvera ses rubans à cheveux laissés sur sa table de chevet tout racornis par la température de l'incendie.

Bref, en ce moment même les canadairs passent au-dessus de chez moi, la fumée est bien visible, là bas au sud, et mon fils m'a écrit tout à l'heure pour me dire que les cendres arrivent jusque dans son jardin, à Belin. Hasard, l'incendie s'est déclarée non loin de par là où je suis passée, lundi, en revenant de la visite de la maison. J'ai eu un peu froid dans le dos en me demandant ce que j'aurais fait si je m'étais trouvé avec l'incendie sur le bord de ma route. Ca illustre parfaitement ce que je disais il y a quelques semaines à mon cadet qui se désolait de s'installer dans les landes, mais dans le centre d'un village et non pas au milieu des pins comme il l'aurait aimé : les pins, ça brûle.

Sinon, oui, la canicule, 30° dans l'appartement one more time, y rester est intenable, mais sortir l'après-midi relève de l'exploit, ou de la folie. Lorsque je sors en vélo, j'embarque un brumisateur, je ne connais rien de plus efficace que rouler la peau mouillée pour lutter contre le coup de chaud. Pour le coup, je regrette bien de n'avoir pas voulu garder le chat de Sylviane et Laurent, ça m'aurait permis de profiter de leur piscine. La piscine municipale où j'allais est fermée pour rénovation, et celle de ma commune est trop sale et trop envahie de gamins et de djeuns venus des cités alentour - nombreux, bruyants, remuants. Du reste je suis encombrée des kilos pris ces deux dernières années, j'emmène néanmoins mon maillot demain car ce serait trop bête d'être à l'océan sans maillot, encore que le coin soit réputé pour ses plages naturistes, mais la compagnie de Gabrielle ne me permettra pas de me laisser aller à de tels excès !

Peu de télé, plus de lectures. J'ai enfin terminé le roman de Russell Banks (Affliction), décidément très bien, et qui se termine par un épilogue qui n'était pas celui auquel je m'attendais et qui m'a beaucoup plu. Un grand roman sur comment on se construit, comment on devient qui on est, comment on échappe, ou pas, au déterminisme de la famille ou des circonstances. Un roman qui fait également la part belle aux paysages du New Hampshire. La quatrième de couverture précise qu'un film a été tiré du roman, avec Nick Nolte dans le rôle principal, et j''aurais bien aimé le voir. Je suis revenue de la médiathèque, hier, avec un essai de Claire Marin (Rupture(s)) et un essai sur Le Bordeaux de François Mauriac, essai qui se révèle horriblement pompeux mais très intéressant toutefois. Je l'ai dit, j'adore Mauriac, c'est un écrivain dont l'écriture me touche, d'autant qu'il parle d'un Bordeaux aujourd'hui disparu, qu'il parle aussi des Landes que j'adore, et qu'il sait remarquablement chroniquer les tourments de l'esprit humain. Dans un tout autre genre, j'ai donné le code de mon casier au bureau pour que Manu, grand amateur du genre, m'y laisse un roman graphique racontant le périple européen d'un réfugié syrien. J'aime bien les romans graphiques, le rayon de la médiathèque est trop mal fichu pour que j'en emprunte, et je sais gré à Manu de me faire découvrir régulièrement des choses passionnantes. A côté de mon lit j'ai aussi quelques romans de Boris Vian que mon frère m'a passés, et c'est pas mal du tout. De mon côté je crois avoir glissé un roman dans le casier d'Olivier - c'est pratique ces casiers - mais je ne me souviens plus lequel. Dans mon casier, il y a aussi un bouquin de Bernard Werber que je dois rendre à Philippe, pas facile parfois de s'y retrouver dans tous ces bouquins qui viennent et qui vont - et quel est donc celui que j'ai prêté à Olivier ??? Ah oui, le polar de Claude Klotz trouvé il y a deux semaines dans la boîte à livres de mon quartier. Quand Olivier me le rendra je le prêterai à mon frère, c'est la Grande Circulation des livres, et essaie donc de faire ça avec une liseuse Loïc !

La canicule et moi qui dépense une fortune en arrosage, j'ai honte, c'est pas très écolo. "Bon courage" m'a dit un type tout à l'heure, arrêté dans sa voiture sur le bas côté, comme je passais à côté de lui en vélo. Il faisait trop chaud pour que je fasse demi-tour pour lui demander de sauver la planète en coupant son moteur qui tournait pour rien. Donc, oui, j'arrose, avec mauvaise conscience mais j'arrose quand même, parce qu'un balcon sans fleurs c'est trop triste. Moyennant quoi, j'ai pas de quoi payer les futurs travaux de la copro, mais j'ai le plus beau balcon de la résidence !

La canicule, donc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 La canicule, donc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et encore, là c'est pas en plein soleil donc c'est moins joli (mais en plein soleil en ce moment il fait trop chaud pour y rester le temps de prendre des photos !) !

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A
Finalement je suis allée chez ma tante pour rien, j'ai sonné et frappé en vain. Du coup je me suis un peu inquiétée, avec cette chaleur, et j'ai envoyé un SMS à ma cousine. Ma tante a fini par m'appeler ce soir pour me dire qu'elle ne m'avait pas entendue. Elle va traverser la canicule comme elle traverse les années, et à 91 ans elle a bien le droit de devenir un peu sourde !
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