Par Feuilles_d_Acanthe
Et comme il s'avère qu'aujourd'hui, j'ai le sens de la formule, j'ai envoyé baladé ma mère ce soir. Avec réaction immédiate de mon père.
J'ai donc claqué la porte, la voiture chargée à ras-bord de cartons, puisque je n'ai pas fini mes allers-retours. Ces cartons, ils m'épuisent. Parce qu'il faut que je les charge, puis que je les décharge, toujours seule, que je me batte avec le sol irrégulier du parking, avec les portes, avec l'ascenseur, avec la minuterie. Ce n'est pas moi qui les ai faits, ces cartons, c'est mon ex-mari. C'est à dire qu'ils ont été faits par un mec de 80 kgs, et que je me retrouve avec l'éternelle question : comment on se démerde quand on est une femme seule, d'un mêtre cinquante et pesant quarante-trois kilos ? Parce que, figurez-vous, ça n'a l'air de rien, mais ça complique foutrement l'existence. Sans parler de ce que représente le fait d'ouvrir ces cartons, d'y retrouver en vrac les objets témoins d'une vie passée, avec ce que cela comprend de chagrin et d'amertume.
Alors, forcément, ce soir, après plusieurs de jours de crises d'angoisse quasi-quotidiennes (et il ne faut pas croire qu'aujourd'hui j'ai été épargnée), une migraine qui me vrille le crâne, une gastrite qui me brûle l'estomac, mes règles qui arrivent plus tôt que prévu, irrégularité présageant d'une ménopause que je redoute, cette rupture trop fraîche, les médecins que je n'arrive pas à joindre alors que la nuit de samedi m'a affolée, ces cartons, ces cartons... les remarques de ma mère sont mal passées.
Evidemment, elle ne pouvait pas savoir. Non, justement, elle ne pouvait pas savoir. Parce que je ne dis rien. Parce que je n'ai pas envie de dire. Parce que dire, c'est encore et toujours avoir des commentaires, des remarques. Ou, au contraire, se heurter au silence.
Bon, maintenant j'ai des cartons à ouvrir, à trier, à ranger, dans les rangements que peut offrir un studio de 25 m².
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