• Une bougie

    Cela fait un an que je suis revenue sur Bordeaux. Une année difficile. Après deux-trois mois enthousiastes, tellement j'étais contente d'être revenue, d'avoir retrouvé mes marques, mes copines, d'avoir trouvé ce chouette appartement, le moral est retombé, parfois bien bas. On dit, après un accident, une maladie, un deuil, des gens qui ont traversé l'épreuve, qu'ils doivent "se reconstruire". En fait, ce n'est pas une question de reconstruction, en ce qui me concerne, il s'agit de me construire. Ni plus, ni moins. Me construire, dans une vie de célibataire, de femme seule, avec des enfants éloignés. Matériellement, ce n'est pas facile. J'ai plaisanté sur les courses à faire, à se trimballer seule, ce n'est pas facile de faire ses courses dans un hypermarché où tout est conditionné pour deux au minimum, et il y a également l'aspect financier, le célibataire doit assumer seul les charges d'un couple, ou d'une famille, à quelques euros près. Si ma facture d'eau, arrivée aujourd'hui, est minime, lorsque j'allume la lumière, que je l'allume pour moi seule ou pour une famille de dix personnes, c'est la même consommation. Mais je suis seule pour payer la facture. Je réussi ce mois ci, pour la première fois depuis que je vis seule, à enfin terminer le mois à zéro, c'est à dire sans découvert. Le mois prochain, il n'en sera pas de même : un restau avec les copines, un autre avec mes fils, le budget du mois à venir est compromis.

    Si au matériel la situation est quotidiennement tendue, au niveau moral c'est une autre chose. C'est difficile. Je rentre chez moi les soir, personne ne m'attend. J'apprécie de travailler tardivement, mes soirées sont d'autant plus courtes. Cette liberté, je l'ai désirée, fantasmée pendant des années. Je la paie chère aujourd'hui, très cher. L'écho de mon appartement vide, ces week-ends ou ces jours de vacances (vacance) durant lesquels je ne parle à personne, le téléphone qui reste parfois muet des journées entières...

    Ma cousine, à qui j'ai téléphoné ce soir, m'a annoncée qu'elle a "un amoureux". Veuve, brutalement, depuis l'an dernier, elle m'avait affirmé ne pas vouloir rester seule. Passage par Meetic, et après quelques contacts sans suite, un amoureux.

    Et bien voilà, ce pas, je n'arrive pas à le franchir. Malgré le poids de la solitude, je ne parviens pas à me lancer dans la recherche de l'hypothétique âme soeur. Pour des tas de raisons, que je n'arrive pas à bien déméler d'ailleurs. D'abord, la plus claire, que j'ai honte à avouer, c'est que je voudrais bien que le type idéal, il tombe du ciel. S'il pouvait débarquer un jour, de lui-même, ça m'arrangerait bien. Chercher un homme, volontairement, j'ai un blocage, une inhibition, que je n'arrive pas à comprendre. Et puis mes expériences précédentes se sont mal terminées, ont été traumatisantes. Même quand mon moral est au plus  bas, j'ai l'impression d'arriver tout de même, plus ou moins bien, à maintenir une sorte de statu-quo avec moi-même, une sorte de protection volontaire contre les sentiments, quels qu'ils soient. Trouver quelqu'un, envisager une relation, cela m'obligerait à entre-ouvrir les barrières que je m'efforce de construire autour de moi, contre mes sentiments, de peur, de tristesse, de remords, de solitude... Et aujourd'hui, je veux avant tout me protéger moi-même, contre... la vie. Je veux être bien, pour moi-même, par moi-même. On risque moins de dégats, comme ça. Je me dis souvent que je serais désormais seule, pour toujours, même si cela me fait souffrir, parfois au point de m'effondrer, parce que cette souffrance là, j'arrive à faire avec, ou à peu près, je la connais, j'ai l'impression de pouvoir la maîtriser et de rester encore maître à bord, au moins à peu près.

    Bref, Meetic, c'est pas encore tout à fait pour maintenant.


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