• Samedi soir

    Samedi soir, nous fêtions, chez ma  cousine, les 90 ans de mon oncle. 90 ans ! Il est toujours alerte, en bonne santé, et toujours souriant. Ma tante est un peu plus jeune (82 ans), et ils vont fêter en mai prochain leurs 65 ans de mariage ! Je n'arrive même pas à réaliser ce que ça représente, 65 ans de vie commune. Je serai très malheureuse le jour où ils disparaitront. J'ai passé beaucoup de temps chez eux lorsque j'étais enfant, et ils sont un peu ma deuxième famille. Voire même les parents que j'aurais aimé avoir à la place des miens.

    Mes parents, qui, justement, était de la fête aussi. Je me suis tenue éloignée d'eux autant que possible, je ne les supporte plus. Ils sont vieux, enfoncés dans un immobilisme et un négativisme consternant. Ma mère a comme d'habitude soupiré "on s'inquiète tellement pour vous", quand à mon père, il a haussé les épaules en me parlant d'un de mes frères. Mais il ne faut pas croire que ce soit de l'inquiétude affectueuse. Non, mes frères, soeur et moi sommes des "problèmes", pour nos parents. Va donc te construire là dessus !

    Comme j'étais seule un instant, ma mère s'est approchée de moi. Elle m'a confié "j'ai téléphoné à ta soeur". Ma soeur a coupé les ponts il y a un an, et elle a bien fait, mais ma mère a dû mal à le comprendre. Ma mère me fait le compte-rendu de la conversation qu'elle a eu avec ma soeur, puis elle termine "bien sûr, je ne l'ai pas dit à papa.". Là, mon sang n'a fait qu'un tour. J'ai craché "vraiment, vous donnez une image formidable du couple !".  Parce que, en effet, à défaut d'être des parents ils auraient pu être un couple d'amants - et ceci aurait pu compenser cela. Même pas.

    Aujourd'hui je consulte un psy, par nécessité, et je cherche dans le regard des hommes une reconnaissance que je n'ai pas eue. Quand j'ai divorcé, j'ai laissé mes fils à leur père, persuadée de n'être capable de rien, surtout pas d'élever des enfants. A chaque fois que je vois mes parents, j'ai l'impression qu'un sorcier venu d'en haut me montre un miroir en me disant "voilà ce qui t'atttend", d'être aspirée par les forces négatives qu'ils dégagent.

    Ce soir m'a mère m'a appelée. Pour un prétexte futile, parce qu'elle a bien senti que je m'éloigne, que je les fuis, alors elle tente de maintenir le lien. J'ai certainement été très froide. Je ne sais pas que faire, que dire. Quels rapports peut-on avoir avec des parents qu'on n'aime pas ? Maintenant qu'ils sont vieux, ils voudraient qu'on soit affectueux avec eux. Mais où puiser une affection qu'on n'a pas eue ? Comment faire face, quand on a aucune affection envers eux, à la dégradation de la vieillesse de ses parents ? Ils ont échoué, en tant que parents. Et pourtant, c'est moi, qui porte quotidiennement le poids de cet échec, qui le ressent comme si c'était le mien, par empathie peut-être, probablement plutôt par habitude d'être coupable, puisque enfant - c'est ainsi que j'ai été élevée.

    J'ai encore de longues séances de psy devant moi.


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