• Le creux de la vague

    Le tableau n'est pas bien reluisant : je n'entends plus le réveil, je suis crevée, j'ai de temps en temps des vertiges, des petits maux de tête, mon boulot me gonfle d'autant que je manque de concentration et, ces derniers jours, j'ai le moral en berne, je ne parle même pas de ma tête de déterrée, cheveux plats et mous et, pire, ma tenue réduite au stric minimum pratico-pratique, jeans-baskets même au boulot car je suis trop épuisée pour essayer d'avoir l'air d'une fille… La liquidation, décidemment, c'est difficile.

    Je vois pourtant le bout du tunnel : dans quinze jours je rends les clés à mon père. L'entreprise qui va débarrasser tout ce qui reste sera passé pour vider l'appartement, et je n'aurais plus aucune raison d'y aller. D'ici là, il faut encore que j'appelle, une énième fois, l'artisan qui doit nettoyer la terrasse. Je dois aussi appeler mon père pour lui demander de s'occuper d'aller ramener la box chez Orange - il a plus de temps que moi pour le faire, et n'est plus aussi mal qu'à un certain moment. Je dois aussi faire du tri dans les vêtements de ma mère qui restent encore dans son armoire, et avant ça il faudra que j'aille à la maison de retraite pour regarder s'il y a encore un peu de place dans son placard.

    Mais ce n'est pas si facile, cette liquidation. D'ailleurs, je dis liquidation, mais y a-t-il un mot pour expliquer ce que je fais en ce moment ? Je ne crois pas. Et ce n'est pas si facile. Il faut vider l'appartement de mes parents, et, quoi ? Ouvrir les tiroirs, les armoires, rentrer dans l'inimité de ses parents, décider du sort de leurs affaires, regarder sous un nouvel angle les objets familiers : cette carafe, qui la veut, ce tire-bouchon : poubelle ? Ces faïences, qu'on a toujours trouvé très laides, qu'en faire ? Le brocanteur n'en veut pas - découvrir que les objets qu'il ne fallait pas toucher de peur de les casser ne valent rien, finalement, pour autant, peut-on se résoudre à les envoyer à la déchetterie ? Pas de trésor dans cette bibliothèque, dans ce buffet en merisier massif qui, comme le reste, vaut moins que les soucis qu'il procure pour trouver comment s'en débarrasser.

    Comment exprimer mon malaise face à cette dispersion, cette disparition de ce qui était le cadre dans lequel évoluaient mes parents ? Cet ensemble de soie verte, que ma mère avait elle-même cousu pour mon mariage, qu'en faire ? 

    Quels que puissent être mes rapports avec mes parents, je ne vis pas bien cette liquidation, qui dure depuis trop longtemps maintenant. J'ai charrié je ne sais combien de kilos de livres à la boîte à livres à côté de chez moi, j'ai passé des heures de mon temps libre - et même de mon temps de travail - à chercher des solutions pour être le plus efficace possible - et j'ai le sentiment de ne pas l'avoir été. Je suis crevée, d'autant que les djeuns de mon quartier mettent la musique à fond à deux heures du matin depuis quelques nuits, et que mon nouveau boulot me perturbe énormément….

    Bref, fatigue et moral en berne ce matin, alors que je me speedais une énième fois pour être à l'appartement de mes parents, cette fois-ci car ma sœur venait chercher des affaires qu'elle n'avait pas pu prendre lorsque nous nous étions tous réunis, il y a trois semaines. Par contre, malgré plusieurs relances, j'attends toujours qu'une de mes nièces se manifeste pour venir récupérer le salon de jardin…. 

    Et puis ma sœur est arrivée avec sa fille et mon beau-frère, la belle assurance de ces trois là m'a bien aidée, mon fils cadet que j'avais appelé à la rescousse m'a lui aussi donné un bon coup  de main, et j'ai réussi à faire les derniers cartons de vaisselle dont personne ne veut, mais que, comme il s'agit du service en porcelaine du mariage de mes parents, je vais entreposer dans ma cave - si un des petits enfants veut bien se décider à convoler en juste noce, il héritera du service ! 

    Comme nous terminions, ma sœur a proposé de nous inviter tous au restaurant, je ne m'y attendais pas et j'ai accepté en dépit de ma fatigue - j'avais pourtant besoin de cette sieste du dimanche après-midi, mais ma sœur, c'est plus important ! Nous avons passé un moment agréable, et cela m'a fait beaucoup, beaucoup de bien ! 

    Cela m'a donné le courage de parcourir les quelques mètres qui me séparent encore de la ligne d'arrivée, merci ma sœur ! 


  • Commentaires

    1
    Bleck
    Lundi 18 Mars à 23:50

    Tu ne serais pas changeante, à tendance yoyo toi des fois...

     

    Bleck

      • Mardi 19 Mars à 21:14

        Ah oui, carrément ! Je suis sensible, émotive, et il m'en faut peu pour me trouver vite en haut, ou vite en bas ! Mais il m'en faut peu, justement, pour être contente :-)

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