• Larguées les amarres

    Comme je descendais des Fleuves impassibles,
    Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
    Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
    Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.


    En fait, ce n'est pas grand'chose. Je suis un bâteau ivre. Hors du regard d'autrui, sans les respirations d'autres pour accompagner les miennes, je me sens incapable de vivre. Seule, j'ai le sentiment de dériver. Il me faut pourtant apprendre à vivre ainsi, sans port d'attache autre que moi-même. Du "mieux vaut vivre seul que mal accompagné" ou du "mieux vaut vivre mal accompagné que vivre seul", je ne saurais, pour l'instant, trancher. C'est tout de même un  peu crétin, cette incapacité, je me sens handicapée, bancale, inadaptée, honteuse, et puis c'est inconfortable, quand ce n'est pas franchement douloureux, et parfois je donnerais cher pour arrêter cette douleur-là, pour tout arrêter en fait, pour éteindre l'interrupteur. Et puis ça passe, même si à chaque fois, repliée sur mon nombril à vif, j'en doute.

    Je lui ai dit "je ne sais pas vivre seule." Il m'a répondu "si, tu sais vivre seule". C'est vrai. Je sais m'organiser, gérer mon temps, mes loisirs, aller vers les autres, ne pas me laisser envahir par les papiers en retard ni la vaisselle sale. J'apprécie même les petits déjeuners solitaires sur la terrasse, les bruits des autres autour, je n'ai pas peur de dormir seule, j'aime les banalités échangées dans une boulangerie, me balader pieds nus dans un village endormi un dimanche, et je n'ai pas besoin d'être deux pour me sentir grisée par l'immensité d'un horizon où je rêve de vivre.

    Alors, quoi ?

     


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