• La tête de l'emploi

    C'était l'apothéose de cette journée. Ils voulaient me caser avec la fille de leurs amis. Ils avaient dû planifier ça ensemble. La simple idée que mes parents puissent être à l'origine d'une de mes rencontres amoureuses me donnait la nausée. Mais ce qui me dégoûtait encore plus, c'était l'expression : refaire sa vie. Elle me déprimait à un point inouï. Je l'avais toujours trouvée affreuse et encore plus maintenant qu'on l'associait à moi. Ca voulait dire quoi, refaire sa vie ? Ca voulait dire que la première avait été ratée, et qu'il fallait donc la refaire. Ca voulait dire qu'on sortait d'un brouillon, d'un travail mal fait, et que tout était à recommencer. J'avais raté ma vie : j'avais été nul en vie. J'étais comme un redoublant. J'avais vécu cinquante ans, et maintenant on me demandait de tout refaire.

    David Foenkinos, La Tête de l'emploi

    Foenkinos était dans ma liste à lire, et j'ai donc emprunté un de ses bouquins à la médiathèque. Une écriture légère, agréable à lire, et ce roman, dans lequel j'ai retrouvé plein de moi, et d'une façon étonnante. Je pensais que mes parents étaient des exemplaires uniques, et voilà que je les retrouve dans le bouquin de Foenkinos. Quoi, il y en aurait d'autres, des comme ça ? incroyable.

    Le personnage principal, le narrateur, s'appelle Bernard. Il a cinquante ans, il est marié, et travaille dans une banque. Mais voilà que, patatras, tout s'écroule. Il est licencié, sa femme le quitte, et il repart vivre chez ses parents. Voilà qui me rappelle quelque chose.

    Refaire sa vie, se reconstruire... des expressions, que je n'aime pas non plus. Je trouve ça bête, de devoir refaire sa vie. Je ne comprends pas l'urgence qu'éprouve la plupart des divorcés, de vouloir se recaser le plus vite possible. Bien sûr, si moi aussi j'avais rencontré quelqu'un qui me corresponde, j'aurais fait comme tout le monde. Mais autour de moi, je vois bien que beaucoup se précipitent. C'est vrai, la solitude, ce n'est pas facile à vivre. Souvent, on ne peut pas parler de reconstruction, mais de construction. Ainsi, enfant dans une fratrie, puis jeune mariée, et maman, je n'avais jamais vécu seule. Il a fallu que j'apprenne à vivre seule, dans un silence qu'aucune respiration ne vient habiter, qu'aucun regard ne vient plus jauger. Cette nouvelle vie, je ne la qualifie pas de solitude, mais bien de célibat, un célibat choisi et assumé. Je ne refais pas ma vie. Je vis une nouvelle vie, une vie supplémentaire. J'ai vécu tout ça, l'amour, la passion, la vie de couple, aujourd'hui je vis autre chose, pleinement, sans vide à combler, et je le vis bien. Je le prends comme un bonus - tant de gens ne vivent qu'une seule vie, et voilà que j'en vis deux, quelle chance !


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