• La mère, l'amer

    "Tu vois, c'est pas vrai qu'on n'a plus rien à se dire : en fait, on a plein de choses désagréables à se dire !". Je ne me souviens du film, je me souviens juste que c'était à l'Utopia il y a déjà quelques années, mais la réplique m'avait marquée, et dès la fin du film je l'avais griffonnée sur un petit bout de papier, qui traîne toujours dans mon sac d'ailleurs.

     

    j'ai appelé mes parents, ce soir. Je ne les avais pas appelé depuis... pfiou. Fin août, l'anniversaire de mon père. Une semaine plus tard, pour celui de ma mère, je me suis contentée d'un sms.

    J'ai laissé passer les semaines, et j'ai donc appelé, ce soir. C'est ma mère qui a décroché. Comme je lui demandais "quoi de neuf ?" elle a embrayé direct sur ses malaises, ses médicaments. J'ai coupé court de suite. La maladie de ma mère, je n'en peux plus, ça fait quinze ans que ça dure, quinze à entendre parler de médicaments, de malaise, de traitements... j'ai atteint la limite. Non que je minimise ni son état, ni ses souffrances. Mais j'en ai marre. La maladie, ok, mais il n'y a pas que ça dans la vie. C'est donc ce que je lui ai dit, certainement assez sèchement, mais de toute façon, ma mère a dit un jour à ma soeur (à l'époque où cette dernière n'avait pas encore claqué la porte) "ta soeur (c'est à dire moi), elle me parle toujours mal". Alors puisque j'ai cette réputation là, autant en profiter pour y aller franco.

    On a tout de même parlé un bon quart d'heure, et à la fin, je n'ai pu me retenir, je lui ai fait remarquer que c'était une fois de plus moi qui appelait, et puis les vannes ont lâché : "vous allez voir mon frère vous allez voir mes oncles, mes tantes, mais moi, vous ne venez jamais me voir, vous n'appelez jamais."

    J'ai réussi à le dire calmement - victoire - sans pleurer - re-victoire-, à le dire, tout simplement, et c'est déjà tellement incroyable, de l'avoir dit, exprimé.

    Et j'ai même ajouté "ça me fait souffrir, mais bon, ce n'est pas grave, je reprendrai quelques séances de psychanalyse."

    Les larmes ont failli venir, comme je raccrochais, et, à vrai dire, elles ne sont pas loin encore maintenant, mais non, je ne m'autorise pas à pleurer. Même pas mal, j'ai six ans je me suis cassé la gueule envélo et j'ai les genoux couronnés, je serre les poings et je me mords les joues mais je ne pleurerai pas.

     

    Saloperie de famille de merde.


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