• FIP

    Bonjour, il est 7 heures et vous écoutez FIP...

    6 H 50, le réveil sonne.
    Je passe sous la douche, j'en sors. J'allume la radio à côté du lavabo. Je me rase et elle débarque dans ma journée "Bonjour, il est 7 heures et vous êtes sur FIP". Un air de jazz, un chanson de Gainsbourg, ma journée commence, la dame de FIP l'accompagne.
    Si j'avais été une femme, j'aurais voulu être une dame de FIP. Je serais belle, blonde, pleine d'assurance, j'entrerais dans la vie de gens et leur parlerais d'amour même quand je leur annoncerais les embouteillages sur le périphérique.
    Ma vie est plus belle depuis qu'elle y est entrée.
    Je l'imagine, je la rêve ; je veux la voir.
    Je finis par apprendre qu'elle déjeune tous les midi dans un petit restau dans une rue que je connais. J'y vais, je veux croiser son chemin et lui dire qu'elle est la femme de ma vie. Je veux que pour une fois elle ne parle qu'à moi, je veux qu'enfin elle ne parle qu'à moi.

    Je rentre dans le restaurant. Je cherche des yeux une femme belle, blonde, assurée. Je ne la vois pas. J'interroge du regard l'ami qui m'a rancardé, il me désigne une dame assise à une table.
    Ce n'est pas elle. Ca ne peut pas être elle. Cette femme est petite, châtain, quelconque. Je fuis.
    6 h 50 le lendemain, le réveil sonne, la douche, 7 h 00 le rasoir, la voix dans la radio qui dit bonjour chez vous.
    Ce n'est pas possible. Comment supporter une telle incohérence.
    Calexico, Herbie Hancock, un adagio de Vivaldi, la voix m'annonce qu'il fera beau aujourd'hui.
    Je m'en fous. Désormais il fait gris. Toujours gris.
    Eliane Elias enchaîne sur les Rita Mitsouko.
    Rien n'y fait. Ca ne peut pas durer.
    Je rentre dans le restau, je fais ce que j'ai à faire. Elle git maintenant par terre, petite, châtain, quelconque pour toujours.

    L'avocat, le juge, le psychiatre, les Assises. Je demande à mon avocat de récuser une des jurées, grise, banale. Le patron du restau se rappelle m'avoir vu la veille. Préméditation. Prison. Je m'en fous. La vie n'a aucun sens si elle n'est pas blonde, belle, fière d'elle et moi.
    Je rentre dans ma cellule. Un type y est déjà installé. Vol à la tire. Un seul coup d'œil me suffit pour repérer la radio qu'il a cantiné. Un seul regard suffit pour qu'il me la donne. Ce con écoute Nostalgie. D'un frôlement du pouce, je me cale sur FIP.
    Un vieux blues, le dernier Fersen. Et soudain une voix. Evidemment ce n'est plus la même. Celle-ci, c'est sûr, elle est grande, belle, élégante, cette fois-ci aucun doute, c'est une vraie blonde.
    Il faut que je sorte d'ici.


  • Commentaires

    1
    Feuilles_d_Acanthe Profil de Feuilles_d_Acanthe
    Dimanche 10 Mai 2009 à 21:01
    J'?ute g?ralement FIP le matin, dans ma salle de bain, et je fantasme tj un peu sur la femme que je serais si j'avais la voix de "la dame de FIP". Du coup, un matin, en octobre dernier, cette histoire m'est venue ?'esprit. Elle ?it tenace, et en arrivant au boulot, fallait qu'elle sorte, ?pouvait pas attendre le soir ! Elle est courte, un peu trop je le sais, mais je l'ai con? telle qu'elle et n'ai pas envie de la rallonger. Un jour, peut-?e...
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