• Famille, je vous hais

    "Mais pourquoi vous ne divorcez pas ?" C'est ce que j'avais jeté à la figure de ma mère, n'en pouvant plus, au bout de trois longues années de disputes incessantes entre elle et mon père. J'avais dix-sept ans.

    "Mais pourquoi vous n'avez pas divorcé ?" ais-je demandé ce soir. "Mais je n'y ai jamais pensé" m'a répondu mon père. "Je n'aurais jamais laissé ta mère seule avec quatre enfants, de même que je ne la laisserai pas maintenant qu'elle est malade. Et puis je  l'aimais."

    Retour en arrière. Il y a quelques mois, ma soeur a coupé les ponts avec mes parents, trop de blessures, de ressentiment accumulé au fil des années, des décennies. Alors quand ça sort un jour, ça explose. Brève explication par téléphone, brève mais violente, d'après ce que j'en ai su. Pour l'anniversaire de mon plus jeune frère, le mois dernier, ma mère a écrit à ma soeur, pour qu'elle vienne. Ce à quoi ma soeur a répondu non, par mon intermédiaire. Cela a bouleversé ma mère. La voyant au plus mal, mon père a fini par appeler ma soeur pour qu'elle vienne s'expliquer. Et ma soeur est en effet passée chez mes parents. Et elle a vidé son sac. Il faut savoir que les relations avec nos parents sont basées sur un postulat clair et net : les parents ont toujours raison, les enfants n'ont rien à dire. Ca laisse des traces. Ca ne porte pas au dialogue ou à la discussion. Que je fasse face à ma mère, pour lui demander pourquoi elle ne divorçait pas, était à peine pensable. Alors forcément, quand elle en a enfin trouvé la force de dire les choses - elle a quarante-cinq ans - ma soeur a explosé.

    Je ne le savais pas, ce soir, quand je suis arrivée chez mes parents. J'ai trouvé ma mère abattue, mais différente de la semaine dernière, un peu plus résignée. Quand elle m'a dit que ma soeur était passée cette semaine, j'ai cru avoir mal compris, et je n'ai pas relevé. Mais quand nous sommes passés à table, mes parents se sont mis à parler, de ce que ma soeur leur avait dit, ce qu'elle leur avait reproché, ce qu'ils avaient pu lui répondre.

    Et puis je me suis mise à parler, à mon tour. Parce que les quelques séances de psychanalyse d'il y a deux ans ont portées leurs fruits : je suis désormais capable de parler, de dire les choses, d'oser dire les choses, ou au moins à peu près. Alors je leur ai expliqué que, non, grandir n'avait pas été évident, avec l'éducation qu'ils nous avaient donnée, les années difficiles entre eux, ces disputes perpétuelles, l'importance donnée aux frères et soeurs de ma mère... J'ai enfin parlé, ils ont enfin parlé eux aussi, parce que la parole, ce n'était pas évident non plus pour eux. On a dialogué, on a posé les choses, on a reparlé du passé, ils m'ont expliqué les choses telles qu'ils les avaient vécu en tant qu'adultes et parents, je leur ai raconté comment je les avais vécues en tant qu'enfant. Je ne vais pas parler de catharsis, d'effusions, de bouleversement ou que sais-je encore. C'était plutôt de l'archéologie familiale, parce que les années ont passées et que les années passent avec leurs lots de problèmes, et les leçons qu'on en tire. Et puis il y a eu ces dernieres années, la maladie de ma mère qui influe fortement sur sa sensibilité, et puis il y a eu ces derniers mois où j'ai été tellement mal, et où ils m'ont accompagnée, et puis l'aggravation de l'état de santé de ma mère, tout ce qui fait que ma mère, mon père et moi avons entamé une relation différente. Mais je n'aurais jamais pensé pour autant que cela aboutirait à une telle soirée.

    Je pense aller voir ma soeur, dans le courant de l'été. Non que je sois une forcenée de la rédemption familiale, je  laisse les happy end au cinéma, on n'est pas chez les bisounours, et puis je me sens pas bien dans le rôle de l'ambassadeur de la paix, mais s'il y a une chance qu'elle puisse un jour avoir ce même dialogue avec mes parents, ce serait triste de la laisser passer.

    En attendant, la réponse de mon père, je le dis comme ça, et bien elle m'a laissé sur le c**.


  • Commentaires

    1
    Julie
    Samedi 2 Juillet 2011 à 15:37
    J'ai eu la même réponse avec le mien à la même question... Et pour rester dans le même registre, j'en suis restée baba aussi ! En tout cas, c'est très bien que les choses soient dites dans votre famille.
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