• Essai sur la géographie en terre inconnue....

    Un article que je voulais faire depuis bien longtemps, et que j'aurais dû faire plus tôt, car je pense avoir perdu des idées en cours de route...

    Je voulais en effet parler de ce que représente le fait d'arriver dans une ville inconnue. Je suis arrivée à Pau sans rien connaître de cette ville, ni y connaître qui que ce soit, et à la saison la pire qui soit, qui fait que la nuit tombe lorsque je sors du travail, et que j'ai donc découvert cette ville dans le noir.

    Dans le noir, je n'ai pas de repères. Quand je me déplace, à pied, à vélo, ou en voiture, j'ai un sens de l'orientation qui dépend exclusivement de la lumière du jour et si la journée est ensoleillée, c'est encore mieux.

    De plus, il faut se rendre compte de ce que, lorsqu'on vit depuis longtemps dans le même périmètre, on en a intégré les distances, les limites, les contours. Dans Bordeaux, ou sa périphérie, nul besoin d'un GPS. Un coup d'oeil sur un plan me suffit pour aller dans un endroit où je ne serais jamais allé. Me  déplacer sur la cub bordelaise est facile, intuitif. En regardant un plan de la ville, je sais exactement combien de temps il me faudra pour aller d'un point à un autre. Cela me fait rire d'ailleurs à chaque fois : je ne suis jamais en retard, j'arrive toujours à l'heure, où que j'aille. Comme dans le Seigneur des Anneaux "un magicien n'arrive jamais en retard, ni en avance d'ailleurs ; un magicien arrive exactement à l'heure prévue." Bref. Mais dans une ville étrangère, rien de tout ça, aucun repère, il faut repartir à zéro. Apprendre à chercher ce qui était devenu tellement normal qu'on y pense plus : la boulangerie, la pharmacie, la grande surface, arpenter de nouvelles rues en en prenant les mesures étrangères.

    Et le fait d'arriver dans les mois les plus sombres n'a rien arrangé. En plein été, j'aurais pu m'amuser d'une telle désorientation. En plein hiver, cela a ajouté encore à ma déprime. Maintenant, cela va mieux. Je vais chercher le pain à pied, et je sais de nouveau mesurer l'espace où je me déplace. J'ai compris qu'à Pau, ce qui parait loin est en fait près, et que je peux me rendre à pied là où, cet hiver, je pensais devoir aller en voiture.

    Je n'avais pas eu une telle sensation lors de mes précédentes expériences, à Paris, à Venise ou à New-York. Je réalise que ce qui déstabilise, ce n'est pas tant l'endroit étranger, que l'endroit où on perd la mesure de son quotidien. Nul besoin lorsqu'on est en voyage, de chercher boulangerie ou bureau de tabac, ou alors de façon ponctuelle et encore cette recherche se fait-elle tout en continuant à faire du tourisme.

    En tout cas, voilà. C'est une expérience surprenante, inattendue, que je trouve a posteriori intéressante, presque plaisante maintenant, après l'inconfort un peu angoissant des premiers mois.

    Cela me fait penser à un film vu il y a plusieurs mois (Le Guerrier silencieux) dans lequel des hommes du Moyen-Age s'égaraient en mer, jusqu'à atteindre l'Amérique. Le film retranscrivait très bien le sentiment d'effroi que ces hommes éprouvaient à découvrir qu'ils étaient sur une terre inconnue, sans repères et seuls, à tel point que l'un d'eux devenait fou et qu'un autre se suicidait. C'est quelque chose de très rarement évoqué, dans les films ou dans les livres, par exemple dans les films de SF les types débarquent toujours sur Mars comme s'ils avaient simplement changé de trottoir, pourtant c'est quelque chose de très fort, très angoissant en fait.

    Bon, d'accord, Pau c'est pas l'Amérique (hélas !).


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