• A moitié vide, ou à moitié plein

    Si l'on considère le verre à moitié plein, on se demandera bien de quoi je me plains. J'ai un boulot, un toit sur ma tête, ce mois-ci je rétablis mon compte bancaire, j'ai de nouveau un peu d'argent de côté, ce qui me rassure, et une voiture neuve. Ca, c'est pour le matériel. Ma santé est globalement correcte, pas de maladie grave. J'ai des ami-e-s et une famille qui m'entourent, et même un projet pour les vacances d'été.

    Si l'on regarde le verre avec pessimisme, en se disant qu'il est déjà à moitié vide... mon boulot ne me plait pas, je suis déracinée loin de ceux et celles que j'aime, dans une ville qui ne me plait pas non plus. Je me traîne des douleurs articulaires qui me font souffrir, un peu, mais quotidiennement, et mon âge se voit sur ma peau fatiguée. Je dois me faire suivre psychiatriquement, et prendre un traitement de longue durée, j'ai des crises d'angoisse, des crises de désespoir, des questionnements existentiels. Je vis seule, et mal. Je ne vis plus avec mes fils, je pense ne jamais leur avoir dit à quel  point je les aime, et j'ai loupé ma vie de couple. Je me sens vide, inutile. Bref, à bientôt cinquante ans, j'ai le sentiment, très intense, chevillé au corps et à l'esprit, d'avoir loupé ma vie. Une seconde vie s'ouvre devant moi, en solo, indépendante, mais je vis trop mal mon arrachement avec ma vie d'avant, en famille, vie que j'ai  loupée et que je regrette, pour pouvoir aborder cette nouvelle vie sereinement, sans parler de l'inquiétude que procure le fait d'avancer dans l'âge, seule, avec le spectre de la maladie et de la vieillesse qui s'annoncent.

    Trois lignes pour le verre encore à moitié plein, dix pour le verre déjà vide... Il me faudrait une bonne dose d'optimisme pour ne considérer que les trois premières, même si j'en apprécie l'importance à sa juste valeur, en me disant que beaucoup n'ont pas tout ça. Mais les vies des uns et des autres ne sont pas interchangeables, et je ne crois pas que mon mal être et ma difficulté à vivre soient "moins pire" que le chômage ou un cancer. Vivre m'est difficile. Mais c'est vrai, j'ai au moins ces trois lignes là, auxquelles je me raccroche.

    Hier, chez mes parents, j'ai profité de l'après-midi ensoleillée pour aller faire du vélo, dans la forêt de pins que j'aime tant. Entre larmes et vague plaisir des odeurs pourtant retrouvées. Je donnerai cher pour retrouver une certaine joie de vivre, celle qui, autrefois, m'aurait fait sourire à la vue des empreintes de sabots de chevreuils, de pattes de renards, découvertes hier sur une piste. J'ai fait une halte dans un petit coin découvert l'an dernier, calme et ensoleillé auprès d'un ruisseau qui cascade joyeusement. En d'autres temps, j'aurais savouré l'instant, joyeuse moi aussi. Il n'en n'est plus rien, je ne vis plus, je survis simplement. Je vais un peu mieux, cependant, parce que je remonte sur Bordeaux quasiment tous les week-ends. Mais remonter chaque week-end n'est pas la solution, c'est juste une façon de contourner le problème au lieu de l'affronter, du moins il me semble. Vivre chez mes parents chaque week-end n'est pas très confortable. Il faudrait que je sois capable de vivre, seule, sur Pau. Me trouver des activités, me faire un nouveau cercle relationnel. Mais ça, c'est au-delà de mes capacités, et même au-delà de mon envie. Il me tarde de rentrer à Bordeaux pour de bon. 


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