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    Il y a des matins où tu te dis que Dieu existe. Quand, par exemple, tu te lèves un matin un peu tôt et que tu allumes la tv, ce qui a dû t'arriver deux fois dans ta vie, que tu tombes sur la retransmission d'un concert, que tu te dis "tiens on dirait du Nils Peter Molvaer" et qu'il se trouve que c'est bien Nils Petter Molvaer. Et tu planes pendant une heure et demie, parce que comme Dieu existe, en plus tu es tombée juste au début de la retransmission et que ça tombe bien, tu n'avais rien à faire ce dimanche matin là.

    Et puis il y a des matins plus difficiles, quand tu crises parce que tu n'arrives plus à rien faire de ta tête, que tu donnerais n'importe quoi pour ne pas être toi, ou alors toi en beaucoup mieux, et qu'un tas de petites contrariétés se mettent sur ton chemin justement le matin où tu dois arriver au boulot de bonne heure. Tu crises parce que ta peau te fait mal de nouveau alors que ta dermato n'a rien trouvé quand tu as été la voir, tu crises quand tu te retrouves avec de l'eau dans l'oreille, bien au fond derrière le tympan elle ne veut pas en sortir, et tu t'aperçois avec horreur qu'elle sert de caisse de résonnance à chacun de tes pas, alors que tu as prévu d'arpenter le pavé bordelais l'après-midi même. Tu rajoutes une nouvelle couche de vernis à ongles et évidemment ça ne sèche pas (le mieux est l'ennemi du bien, toujours), tu te prends une giclée de patchouli dans la figure en voulant te parfumer, tu galères pour attacher la bride de tes chaussures, tu te trompes de manteau dans l'entrée, et tu pars en oubliant la poche-poubelle en plein milieu du couloir. Et tu sors, tu t'aperçois qu'il fait froid, que ta voiture est embuée mais que tu es à la bourre et que tu vas partir sans avoir trop le temps d'attendre qu'elle chauffe. Tu ne te poses plus trop de questions sur l'existence de Dieu, ta gratitude va droit à l'inventeur du lycra, car tu sais qu'il y a quelques années, en pareille matinée, tu aurais en plus filé un ou deux collants.

    Et puis la voiture se réchauffe, le pare-brise s'éclaircit, les champs alentours se parent d'une brume bleue foncée, et sur FIP tu entends la rencontre improbable mais miraculeuse d'une kora et d'un violoncelle, trois minutes de grâce, de délicatesse et d'apesanteur. Et tu sais alors que quand tu arriveras au boulot, qu'on te demandera comment ça va, tu répondras "je vais  bien."


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